Je fis un feu, l'azur m'ayant abandonné,
Un feu pour être son ami,
Un feu pour m'introduire dans la nuit d'hiver,
Un feu pour vivre mieux.

Je lui donnai ce que le jour m'avait donné :
Les forêts, les buissons, les champs de blé, les vignes,
Les nids et leurs oiseaux, les maisons et leurs clés,
Les insectes, les fleurs, les fourrures, les fêtes.

Je vécus au seul bruit des flammes crépitantes,
Au seul parfum de leur chaleur ;
J'étais comme un bateau coulant dans l'eau fermée,
Comme un mort je n'avais qu'un unique élément.

1918

Paul Éluard, Œuvres complètes, tome 1, Le livre ouvert1 (1968, Éditions Gallimard, collection La Pléiade)

Note de l’éditeur : ce titre Pour vivre ici apparaît dans les poèmes de Paul Éluard dès 1918, l’année des Poèmes pour la paix, recueil 3. La partie 1 de ce poème appartient à cette époque et doit provenir d’un ensemble important qui était destiné à former une suite aux Poèmes pour la paix.

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a cappella, Julos Beaucarne interprète Je fis un feu. Il en donne aussi une version chantée, dans son album Chandeleur septante-cinq.
Hommage à Julos Beaucarne, poète, conteur, auteur et artiste belge, mort le 18 septembre 2021.