À l’âge baroque de la musique en Europe :

Je connaissais juste de nom le musicien et compositeur Jean-Philippe Rameau (1683-1764), et si peu, de son œuvre abondante et très diverse.

Pourtant, ces dernières années, on ne pouvait échapper à la (re)découverte d’une de ses œuvres (et notamment sa 4ème entrée) : Les Indes galantes (sous-titrée Ballet héroïque), premier opéra-ballet de Rameau, composé et créé en 1735-1736 (sur un livret de Louis Fuzelier) (1). C’est l’œuvre lyrique de Rameau la plus représentée aujourd’hui, rendue célèbre pour le grand public ces dernières années avec des mises en scènes novatrices, des chorégraphies étourdissantes.

(1) On peut écouter Les Indes Galantes, en intégralité à cette adresse: https://youtu.be/9Fw4IQPQ9Fo

L’intrigue est ténue, les différentes entrées de l’œuvre sont liées par une thématique parfois truffée d’invraisemblances ou de clichés, où il est peu question de guerre ou de violences colonisatrices, mais d’amour et de réconciliation fraternelle…

L’œuvre de Rameau témoigne également du regard ambigu que l’Européen pose sur l’Autre – Turc, Inca, Persan, Sauvage… Et les interprétations actuelles des Indes Galantes n’ont pas manqué de déchaîner des critiques (notamment américaines): accusées d’appropriation culturelle, accusées de ne pas identifier les tribus indiennes, ainsi stéréotypées voire ridiculisées, imaginaires de toute façon ; mise en question de scénographies inadéquates, de chorégraphies déconcertantes dans le plus mauvais sens du terme !

L’intrigue (…) sert surtout à introduire un grand spectacle, où les costumes somptueux, les décors, les machineries, et surtout la danse tiennent un rôle essentiel.

Wikipedia

Donc ? Une musique admirable, des arias et des chœurs émouvants et puissants, des danses… emportent l’adhésion, sauvant la faiblesse des intrigues. Œuvre‑phare du siècle des Lumières, Les Indes galantes s’apparente à un éblouissant divertissement!

Le joyeux et merveilleux rondeau Forêts paisibles

La quatrième entrée de l’opéra-ballet a pour titre Les Sauvages, Danse du Grand Calumet de la Paix ; elle est suivie d’un rondeau: Forêts paisibles.

En septembre 1725, Rameau avait assisté aux danses de deux chefs indiens de la Louisiane, sur la scène du théâtre des Italiens à Paris. L’action de la 4ème entrée se passe dans une forêt d’Amérique, après une bataille perdue par les Indiens face aux troupes franco-espagnoles. Les officiers européens, le Français Damon et l’Espagnol Don Alvar se sont disputé le cœur de Zima, la fille d’un chef indien. L’Espagnol a tenté de la séduire en lui promettant la fidélité, alors que le Français prône l’inconstance amoureuse. Zima a rejeté les avances des deux soupirants étrangers. Elle chante Je ne veux d’un époux ni jaloux, ni volage. Zima choisira Adario, un chef indien. La danse du Grand Calumet de la Paix (2) consacre la paix retrouvée entre les Sauvages et les Européens.

(2) La musique est reprise d’une célèbre pièce de clavecin, du livre de 1728, Les Sauvages.

Cette dernière scène est également l’occasion de sceller l’union entre Zima et Adario, qui chantent Forêts paisibles avec le Chœur des Sauvages. En voici une interprétation vigoureuse, en version de concert, par Magali Léger, Laurent Naouri, et les Musiciens du Louvre, sous la direction de Marc Minkowski.

Forêts paisibles (bis)
Jamais un vain désir ne trouble ici nos cœurs. 
S’ils sont sensibles (bis)
Fortune, ce n’est pas au prix de tes faveurs. 
(Chœur des Sauvages)
Dans nos retraites (bis)
Grandeur, ne viens jamais offrir tes faux attraits! 
Ciel, ciel tu les as faites 
Pour l’innocence et pour la paix 
(Chœur des Sauvages)
Jouissons dans nos asiles 
Jouissons des biens tranquilles
Ah! Peut-on être heureux 
Quand on forme d’autres vœux?

Plusieurs versions des Indes Galantes (scène, concert, extraits ou opéra entier) sont disponibles sur Internet ou en CD.

Par exemple : une mise en scène colorée, drôle et poétique d’Andrei Serban avec une chorégraphie de Blanca Li, les chanteurs: Paul Agnew, Valérie Gabail, Nicolas Rivenq, Patricia Petibon, Nicolas Cavallier, Jaël Azzaretti. Direction musicale de William Christie. Les Arts Florissants. Opéra National de Paris 2004. DVD Opus Arte 2005.

Ou encore : Les Arts Florissants, la Julliard 415, Sandrine Piau, Lisandro Abadie interprètent Les Indes Galantes de Rameau, Les Sauvages sous la direction de William Christie et Paul Agnew. Sur France Musique, Grande Salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris https://www.francemusique.fr/concerts

Dans la pléthore d’extraits des Indes Galantes présents sur le Net, j’ai choisi quelques vidéos:

  • Ici, sous la direction de William Christie, une autre version de concert du Rondeau, interprété par la soprano Sandrine Piau, la basse Lisandro Abadie et le Chœur des Arts Florissants:
  • Extrait de la deuxième entrée, Les Incas du Pérou, L’adoration du Soleil. (2003, Opéra de Paris, Les Arts Florissants, direction musicale par William Christie.
  • Voici la Chaconne qui termine la 4ème entrée des Indes Galantes, présentée par la formation Ars Lyrica de Houston (20 septembre 2019). Chorégraphie de Catherine Turocy, danses par The New York Baroque Dance Company:
Les Indes Galantes, 4ème entrée, scène finale, Chaconne.

(à suivre ici : https://wp.me/p7TeeU-4QE)