Les Sauvages, habitants de la forêt, le Krump, danse de la vie et de la jouissance

En 2017, Clément Cogitore, artiste plasticien et réalisateur, présente un tout court-métrage (6′) mettant en scène une partie de la 4ème entrée des Indes Galantes, de Rameau, la Danse des Sauvages et le Rondeau Forêts paisibles. Cogitore ose une alliance explosive entre musique baroque, chant lyrique et danse contemporaine : des danseuses et danseurs de krump (3) s’approprient le ballet… (4)

(3) Danse hip-hop née dans les années 2000, dans le ghetto de Los Angeles, expression corporelle de la colère, de la haine, des revendications… une manifestation positive, sans contact physique, sans agressivité.

Une grande réalisation suivra ce film très remarqué, puisqu’en 2019, Cogitore met en scène, à l’opéra-Bastille, l’opéra-ballet de Rameau dans son intégralité, développant et magnifiant l’alliance esthétique révolutionnaire initiée en 2017. (De nombreux articles, ainsi que des extraits de cette production sont disponibles sur Internet) (4)

(4) Le même extrait de la 4ème entrée des Indes Galantes, matière du film, repris sur la scène de l’Opéra-Bastille (ci-dessous)

  • Un film documentaire de Philippe Béziat, Indes galantes (2020) retrace, au plus près de la scène et des corps des danseurs, l’histoire de cette création.

Bande-annonce :

Metteur en scène, Clément Cogitore inscrit les Indes Galantes dans un espace urbain et politique : les Sauvages habitent les rues hostiles de la grande ville, transcendant et maîtrisant l’hostilité par la danse, la musique, le chant. Il collabore, pour cette production très remarquée, avec la chorégraphe Bintou Dembélé, l’Orchestre Capella Mediterranea, le Chœur de Chambre de Namur, le chef Leonardo García Alarcón… et de merveilleux chanteurs, dont Sabine Devieilhe et Florian Sempey.

C’est un bouillonnement artistique, une rencontre aux enjeux politiques et une aventure humaine qui se déploient sur la scène de l’Opéra Bastille…

Le spectacle est nommé par le New-York Times parmi les 10 meilleures productions lyriques de l’année 2019, élu meilleure production d’opéra 2019 par Il Giornale della Musica, et remporte le Trophée de la meilleure nouvelle production 2019 de Forum Opéra.

Mais les critiques aussi vont bon train! Celle-ci par exemple : https://www.telerama.fr/musique/a-lopera-bastille,-les-indes-galantes-ne-valent-pas-forcement-le-detour,n6460597.phpC

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Après le court-métrage, extrait de l’opéra Les Indes Galantes (Danse du Grand Calumet de la Paix et Rondeau Forêts paisibles), mis en scène par Clément Cogitore, chorégraphié par Bintou Dembélé pour Rualité (chœur et direction musicale, voir ci-dessus):

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Petit plus :

Enregistré au Grand Théâtre de Genève, le 27 décembre 2019.

4ème entrée : au début de la scène 6, avant le célèbre Forêts paisibles, une scène intitulée: Bannissons les tristes alarmes, est chantée par les Sauvages.

(Indications scéniques concernant les personnages: Zima, Adario, Françaises en habits d’amazones, guerriers français et sauvages, sauvagesses, bergers de la colonie).

Voici ce que chantent, d’abord Adario, puis le Chœur des Sauvages:

Bannissons les tristes alarmes! 
Nos vainqueurs nous rendent la paix 
Partageons leurs plaisirs, ne craignons plus leurs armes! 
Sur nos tranquilles bords qu'Amour seul à jamais 
Fasse briller ses feux, vienne lancer ses traits! 

Puis viennent la Danse et le Rondeau Forêts paisibles, et c’est une autre idée des Indes Galantes qui se profile. J’en propose cet extrait: scénographie et atmosphère crépusculaires, rythme et interprétation adoucis, élégiaques, quelque chose s’achève, et renaîtra peut-être, autrement…

Leonardo García Alarcón, comme à Bastille, dirige la Cappella Mediterranea. Renato Dolcini chante Adario, Kristina Mkhitaryan chante Zima. Chœur et Ballet du Grand Théâtre de Genève.