Oublions le sous-titre français, plutôt nul. Ensuite, voici la bande-annonce, et on entre dans le vif du sujet :

Ebbing, Missouri. Il y a une tigresse en liberté, c’est Mildred (éblouissante Frances McDORMAND), dont la fille a été assassinée quelques mois plus tôt. Mildred est déjà morte aussi, en tout cas elle agit comme si.

Si on veut parler d’un film « coup de poing » ce sera un cliché mais résumera bien le ressenti en sortant du ciné.

On attend (presque) un genre de western moderne, vu le décor : Missouri, petite ville, balustrades en bois, flics, on dirait le shérif et ses adjoints, pieds sur la table et grosses rigolades … (et ils foutent rien, dans un climat bien raciste, d’un racisme banal et ordinaire dans ce coin du Missouri, portés sur l’action-réaction violente). Mais beaucoup de westerns ont une morale assez manichéenne, les bons-les méchants. Rien de tel dans « 3 Billboards », c’est même le contraire. De quoi est alors fait ce film?

« Un mélange ambigu de tendresse et de cruauté »; « Ironie mordante et désinvolture »…

Et j’ajouterai: une violence de tous les instants, qui vous happe et ne vous lâche plus!

C’est un film très complexe, l’épaisseur psychologique des personnages est une des clés peut-être. Accrochons-nous : le spectateur est tout le temps déstabilisé, brusques changements de tonalité, où on attend le film, il n’est jamais là; les actions (surtout les « bonnes ») n’entraînent pas les effets attendus, les scansions de l’action sont brutales (incendies, exactions de la police) et jamais suivies et comme  compensées par des scènes plus douces, plus calmes, des repos. Il n’y a d’ailleurs jamais de « bien » dans ce film. Les gens ne sont ni bons ni méchants, ils sont, c’est tout, et on a parfois l’impression d’un certain cynisme.

Rien ne semble fonctionner, il n’y a pas de LOI, tout simplement.

À la fin, le méchant et stupide Dixon est devenu « bon » et, en compagnie de Mildred, la mère de l’enfant assassinée, il part, assassiner peut-être, un présumé violeur dans l’état voisin. Mais on n’est pas sûrs qu’ils vont le faire, on se dit même que sans doute ils ne le feront pas. Rédemption de ces personnages si curieux et si complexes.

La pauvre jeune fille qui est morte (violée, brûlée) paraît juste une illusion parfois, sauf que la douleur de sa mère (Frances McDormand, inoubliable!) semble être la seule pierre de touche du réel dans ce film désespéré.

 

 

http://www.telerama.fr/cinema/films/three-billboards-outside-ebbing-missouri,518156.php

De nombreux prix ont récompensé cette œuvre de Martin McDONAGH; À juste titre, certainement, pour moi c’est un chef d’œuvre.