« Mars » de Fritz Zorn (2) : Un héritage

Des versions théâtrales de « Mars » : peut-on mettre en scène et jouer cette autobiographie si pleinement singulière? Et comment?

Plusieurs auteurs et comédiens l’ont tenté, en voici deux très beaux exemples:

En 1986, le jeune comédien suisse romand Jean-Quentin Châtelain, mis en scène par Darius Peyamiras, l’interprète pour la RTS sous la forme d’un monologue, d’une émotion extraordinaire.

Le spectacle a été repris en 2002, au Centre culturel suisse de Paris. Voici la critique de Véronique PETETIN, Journal La Croix du 15/06/2002 :

http://www.la-croix.com/Archives/2002-06-15/Relire-Mars-de-Fritz-Zorn-_NP_-2002-06-15-159696

En mars 2009, Denis Laujol crée « Mars » au théâtre Océan Nord de Bruxelles, avec la Compagnie Ad Hominem

Spectacle repris en 2013 dans le même théâtre belge, toujours avec le même succès.

« Mars » est un livre-testament …

De nombreux lecteurs ont été émus, parfois bouleversés, par ce récit autobiographique. Parfois, rarement, le texte de Fritz Zorn a été rejeté, à cause du « ressassement continuel » d’un récit qui « s’englue », ainsi que d’autres témoignages du malaise profond que ce texte génère chez certains lecteurs … Ce n’est pas l’avis de la majorité des lecteurs, et ce n’est pas le mien, qui apprécions la force, la sincérité, la puissance émotionnelle véhiculées par ce texte, et qui y résistons.

« Mars » a ainsi été largement commenté et cité sur les sites spécialisés (BABELIO, par exemple). Parmi ces textes de lecteurs, j’ai choisi de présenter celui, magnifique, de Thibault Marconnet (31/05/2014) :

“L’homme et le crabe”

(…) Le « crabe » marche toujours de côté.

Après l’annonce de son « cancer », Fritz Zorn quant à lui, est allé droit de l’avant piétiner le vieil héritage mortifère de sa famille : le legs d’une société étouffant au sein d’une morale chrétienne maladive, qui a toujours cru bon de devoir se séparer de la sexualité, de la nier et de lui ôter tout plaisir, tout érotisme ; d’en faire une chose vide et inerte, un acte laid et sale dont on répugne même à mentionner l’existence.

Fritz Zorn s’est débarrassé de la peau morte d’une vie castrée et, avant que de mourir, il s’est rebaptisé par la foudre.

En revêtant les oripeaux de Mars et en brandissant son épée vengeresse, il a témoigné en vivant pugnace, en homme libre : dans une juste colère.

Il est des mots qui, puisés au sein de cet ouvrage, me servent de viatique au quotidien :

« Je crois que ne-pas-vouloir-déranger est quelque chose de mauvais parce qu’il faut justement qu’on dérange. Il ne suffit pas d’exister ; il faut aussi attirer l’attention sur le fait qu’on existe. Il ne suffit pas simplement d’être, on doit également agir. Mais qui agit dérange – et cela au sens le plus noble du terme. »

Son livre « unique » est une œuvre qui cogne comme un cœur battant.

Ite Missa Est.

http://le-semaphore.blogspot.fr/2014/05/lhomme-et-le-crabe.html?m=1

« Underground », interprété par Tom Waits.

Une autre voix parle de « Mars » : Adolf MUSCHG, sur la RTS (1980)

Après les interprétations de « Mars », celles des comédiens, celles des lecteurs – tant d’admiration, de remue-méninges, d’amour … mon dernier paragraphe va apporter un éclairage bien différent sur le livre de Fritz Zorn.

Il s’agit d’une vidéo de la RTS, du 20 janvier 1980, dans l’émission « La Voix au chapitre »: une interview d’Adolf MUSCHG, écrivain, qui a préfacé « Mars ». Les idées exprimées dans cette préface, la position jugée « hautaine » de MUSCHG sont ici questionnées.

Je retranscris (PDF ci-après) des extraits de l’interview m’ayant semblé significatifs de cet « autre regard », beaucoup plus distancé et froid, suivis de la vidéo intégrale de l’interview.

Bien que n’ayant pas rencontré Fritz Zorn, MUSCHG a été un contemporain, issu du même milieu social, et lui-même écrivain alémanique. C’est moi qui ai titré quelques paragraphes, temps forts de l’interview, et souligné les expressions et phrases qui me semblaient importantes.

Interview d’A. Muschg, RTS, 1980

https://www.rts.ch/archives/tv/culture/voix-au-chapitre/5085817-mars-de-fritz-zorn.html

Birds on a wire, Rosemary Standley & Dom La Nena
ô Solitude

 

 

2 réflexions au sujet de « « Mars » de Fritz Zorn (2) : Un héritage »

  1. Je vous suis très reconnaissant, Michèle, d’avoir eu la bonté de citer mon petit texte (« L’homme et le crabe ») concernant « Mars » de Fritz Zorn. Les articles que vous consacrez à ce livre testamentaire sont d’une grande richesse et conduisent à la réflexion. Votre enthousiasme est communicatif et, si je n’avais déjà lu Fritz Zorn je m’empresserais de le faire après m’être imprégné de la lecture de vos passionnantes chroniques.

    Merci de tout cœur.

    Bien à vous,
    Thibault Marconnet

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