Cette série d’articles est ma façon de raconter une histoire de cette épidémie. On est loin d’une synthèse qui se voudrait objective, encore moins scientifique. C’est une fiction, un point de vue sur ces événements qui, sur chacun(e) d’entre nous, ont laissé leur marque. Vous y reconnaîtrez en clair des faits réels, connus de tous, et en filigrane mes questions, doutes, insatisfactions.

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On le savait, mais en 2020, dès le premier confinement, il nous a bien fallu réviser nos classiques…

L’humanité n’est pas délivrée des épidémies! Typhus, variole, scarlatine… et bien d’autres, ont toujours sévi.

L’humanité a tellement été malade, à travers les siècles, il y en a tellement d’exemples, d’épouvantables histoires et images de toutes sortes, que mon récit illustré, très parcellaire, peut également se moquer de la chronologie.

Au XIXème siècle, dans un petit village lorrain comme les autres…

(Article du quotidien L’Est Républicain, du jeudi 18 mars 2021)

Un article intéressant et très complet, sur l’épidémie de choléra du 19ème siècle en France : https://france3-regions.francetvinfo.fr/centre-val-de-loire/histoire-confinement-france-1832-face-au-cholera-1810722.html

1918-1919: la grippe espagnole

Ce fut la plus grande pandémie du 20ème siècle.

En France, elle a duré un peu plus d’un an, entre avril 1918 et mai 1919. Elle s’est poursuivie jusqu’à l’été 1919 en Océanie. Le chiffre établissant 50 millions de morts de par le monde est plutôt juste (une réévaluation du bilan de cette pandémie a eu lieu en 2002). 

Pour la France, les sources s’accordent autour du chiffre de 240 000 morts.

Dans un premier temps, les gouvernements ont essayé de cacher l’épidémie aux pays voisins (sauf la presse espagnole, qui, non censurée pendant cette période, la fit connaître, lui conférant ainsi son nom de grippe espagnole).

La presse française préfère parler de l’épidémie de l’autre côté de la frontière, plutôt que de celle qui sévit dans l’Hexagone! Des théories du complot circulent (moins qu’aujourd’hui évidemment, sans Internet c’est sans doute plus difficile…): en France, il se dit que la grippe serait due aux germes s’élevant des champs de bataille des Flandres; aux États-Unis, ce seraient les sous-marins allemands qui auraient déposé ces fichus germes sur les plages américaines…

Quid des mesures sanitaires?

(Sources: Le Monde, 15 mai 2020, article des « Décodeurs », et « Checknews » du journal Libération, même date)

Voici l’analyse de Freddy Vinet, professeur de géographie à l’université Paul-Valéry-Montpellier-III. (La Grande Grippe : 1918, la pire épidémie du siècle):

En France, et dans la plupart des pays européens et d’Amérique du Nord, il n’y a pas eu ce que nous appelons aujourd’hui confinement. Il était question de la distance, mais rien n’était préconisé, ni imposé dans la population.

Entre avril et août 1918, le pays enregistre peu de décès, la France est encore engluée dans un conflit mondial. Il n’était guère envisageable de mettre la société à l’arrêt, risquer de ne pas acheminer les troupes ou le matériel sur les terrains de guerre, et avouer une faiblesse face à l’ennemi. Aucune mesure générale n’est prise par les autorités envers la population civile. On surveille l’épidémie dans les armées, on préconise la distanciation physique, mais seulement dans les hôpitaux.

Des décisions interviennent au cours de la deuxième vague, à l’automne 1918. Devant le nombre de morts, on se décide à prendre des mesures coercitives et ponctuelles, mais le plus souvent locales, soumises à la discrétion des préfets et municipalités: mesures d’hygiène contre la propagation de l’épidémie, fermeture des écoles et des théâtres, limitation des rassemblements, désinfection des transports, etc. 

Ce n’était en rien comparable avec le confinement imposé par le gouvernement actuel face au Covid-19, dit F. Vinet. Les autorités n’avaient pas de représentation exacte de la géographie de l’épidémie.

Ce qu’on vit aujourd’hui avec la crise sanitaire liée au nouveau coronavirus et la moitié de l’humanité confinée, c’est inédit, écrit Nicolas Beaupré, article cité dans Libération. Et comme en 1918 il n’y a pas eu de véritable confinement de la population, il n’y a pas eu non plus de déconfinement massif et irresponsable, ayant pu être à l’origine de la seconde vague, si meurtrière, de la grippe espagnole.

En Europe, au 14ème siècle: la peste noire…

Quelques années auparavant, la maladie s’était déclarée dans les pays orientaux, où elle avait enlevé une innombrable quantité de vivants ; puis, poursuivant sa marche d’un lieu à un autre, sans jamais s’arrêter, elle s’était malheureusement étendue vers l’Occident. Ni la science, ni aucune précaution humaine, ne prévalait contre elle.

Boccace, Le Decameron.

La terrible bactérie de la peste aurait été importée en Europe par des marins génois, après qu’ils aient été assiégés par les Mongols à Caffa (actuelle Crimée).

Une fois le siège levé pour cause d’épidémie, les Génois revenaient en Italie avec rats et puces pesteux dans les cales, et contaminaient l’Europe, du Sud au Nord, de façon fulgurante et durant 6 ans, avec une pointe épidémique en 1348. Il s’agissait, explique Patrice Bourdelais, démographe et historien, d’une forme de peste pulmonaire très contagieuse, contaminant les humains par les postillons (Ça nous rappelle quelque chose, mais la comparaison s’arrête là). La peste noire tua en Europe entre 25 et 45 millions de personnes, presque la moitié de la population urbaine.

(Patrice Bourdelais, interview pour le magazine Capital du 23/03/2020).

N.B. La peste humaine peut prendre trois formes: peste bubonique, peste septicémique et peste pneumonique. La transmission interhumaine peut être indirecte par puce (peste bubonique) ou directe par voie aérienne (peste pulmonaire). (Wikipedia)

Au XIVème siècle en Europe, la peste s’installe comme l’image même de la désolation.

Patrick Boucheron, historien (film d’une série documentaire d’Arte 1347 : La peste noire, Quand l’histoire fait dates; disponible sur You Tube; ces vidéos ne peuvent être insérées sur d’autres sites).

Je dois les éléments historiques qui suivent à un blog richement documenté: https://actuelmoyenage.wordpress.com/

J’en remercie vivement ses auteurs.

L’épidémie de Covid-19 a provoqué, et provoque encore, des bouleversements dans nos organisations économiques, politiques, sociales, et dans nos vies personnelles – bouleversements dont, peut-être, nous ne mesurons pas encore l’ampleur et les répercussions.

Car, peut-on lire dans le blog cité: Le regard sur le passé permet en tous cas de relativiser les prédictions apocalyptiques que l’on peut entendre aujourd’hui. Si l’on observe les grandes pandémies du passé, on est étonné de voir à quel point elles n’ont, finalement, que très rarement bouleversé en profondeur les sociétés (…) Les épidémies ne changent que rarement le cours de l’Histoire, mais elles l’accélèrent.

Quarantaine, fermetures de frontières, scènes de panique, accumulation de denrées (…), alignements de cercueils enterrés à la hâte: voilà des faits qui semblaient ne plus devoir exister dans des sociétés considérées comme avancées. (…)

Les mortalités brutales ont scandé à de nombreuses reprises l’histoire du monde. Avec, à chaque fois, les mêmes réactions: fuite, peur, mise en place de mesures sanitaires par les autorités publiques.

Lors de l’épidémie de peste noire, qui tua environ la moitié de la population européenne, de nombreuses villes prirent des mesures de quarantaine: on isolait les malades, soit en les enfermant chez eux, soit en les expulsant de la ville. Par la suite, les lazarets se multiplièrent dans les ports, comme la Tour Paul, à Marseille.

La ville de Raguse (actuelle Dubrovnik, en Croatie) inventa en 1377 la quarantaine maritime, qui interdit l’accès de la ville aux marins suspects de peste, avant la purge d’un mois de quarantaine, dans un village désigné, à l’extérieur!

Actuelle ville de Dubrovnik

La ville de Venise suivit cet exemple, portant l’isolement à 40 jours, d’où le terme de quarantaine. (l’attente ascétique de 40 jours est aussi le terme du déluge, la durée de l’errance des Hébreux dans le désert, ainsi que d’autres symboles de la chrétienté…)

D’autres villes suivront, instaurant des quarantaines maritimes (Marseille, Édimbourg), la première à procéder à un confinement terrestre étant la ville de Brignoles, en Provence (1464)

1721: image d’un médecin qui visite les pestiférés.