Jacques Salomé est psychosociologue et écrivain.

« Son approche pragmatique, lit-on sur le site Babelio, est servie par une expression simple et imagée, qui lui vaut la faveur d’un large public. Il a créé la Méthode E.S.P.E.R.E. (Énergie Spécifique Pour une Écologie Relationnelle Essentielle). Il a tenu durant 15 ans une chronique dans Psychologies Magazine ».

Voici un petit extrait, lu il y a peu sur un réseau social, et apprécié chaleureusement via des centaines de commentaires:

J’aurais voulu être professeur de vie.

J’aurais appris aux enfants, aux adultes aussi, tout ce qui n’est pas écrit dans les livres. Je leur aurais appris les choses délicates et précieuses de la vie : qu’un amour entretenu ne s’use pas, que la seule liberté qui vaille la peine d’être vécue est la liberté d’être, qu’il est important de prendre le temps pour regarder la fuite ou l’immobilité d’un nuage, pour suivre le vol d’un oiseau, qu’il est possible de se laisser surprendre par l’infime des choses de la vie.
J’aurais tenté de leur faire découvrir : qu’il est important d’apprendre à s’aimer, à se respecter, à se définir.
Qu’il est encore plus important de ne pas se laisser enfermer par les jugements négatifs, de résister aux rumeurs, aux idées toutes faites, aux modes, de ne pas se laisser polluer par les messages toxiques qui peuvent venir de ceux qui prétendent nous aimer pour mieux savoir pour nous.
J’aurais essayé de leur apprendre à remettre en cause leurs croyances quand elles sont devenues des certitudes, pour laisser plus de place à l’imprévisible de la vie.

Extrait du roman de Jacques Salomé, N’oublie pas l’éternité (2005, Éditeur Albin Michel)

J’ai dit à mon amie Françoise, qui a partagé cet extrait de Jacques Salomé via Facebook, que j’aimais bien ce texte. Pourtant, je suis très méfiante à l’égard des « théories » actuelles dites « positives » en psychologie, éducation et même management; méfiante à l’égard des doctrines de l’épanouissement personnel et autre optimisation des potentialités; des conseilleurs qui font leur beurre sur les jachères humaines.

Je partage assez l’avis de la jeune philosophe Julia de Funès, qui étrille les professeurs de bonheur! « Avec leurs recettes toutes faites », écrit-elle, « ils nous endoctrinent, nous enveloppent, plus qu’ils ne nous aident à nous développer… La philosophie, au contraire, nous aide à nous libérer! » Et pourtant, Jacques Salomé, né en 1935, auteur d’une cinquantaine de livres, formateur, conférencier…, suscite l’admiration, l’adhésion, voire l’amour de beaucoup de lecteurs et auditeurs, ou plutôt de lectrices et auditrices.

Alors? Je me suis beaucoup occupée de pédagogie et de psychologie de l’enfant. Et, peut-être suis-je très optimiste, mais j’entends aussi dans ce texte un appel, non pas à enseigner autre chose (comme le titre pourrait le laisser penser, « enseigner la vie »?). Mais à enseigner différemment, en marge des manuels scolaires (sans les exclure!), en rupture avec les didactiques routinières, l’enseignement magistral et la répétition. Être plus proche de l’éducatif que du remplissage de crâne. Privilégier la « tête bien faite » à la « tête bien pleine ». Encourager l’esprit critique, la curiosité qui questionne et expérimente. Engranger des savoirs tout en construisant par l’action des valeurs de citoyenneté, de partage, de coopération. Grandir avec tous ces bagages. Trouver chemin faisant ces « choses délicates et précieuses de la vie » dont nous parle Jacques Salomé, tout en accueillant ce que Salomé nomme « l’imprévisible » (et qu’à l’AGSAS nous appelons « l’Autrement Que Prévu »).

Quelques grands pédagogues et éducateurs s’y sont employés: Decroly, Freinet, Montessori… que nos sociétés avides et mercantiles, technocratiques s’empressent de plus en plus de décrédibiliser, de jeter dans l’oubli, de renier sans les avoir ni lus, ni compris.

Donc merci à Françoise!