Pour faire revenir l’harmonie, il faut partager la beauté qui est en nous, Guy-Pierre Couleau, metteur en scène du Songe d’une nuit d’été, Bussang, Estivales 2016

Le Théâtre du Peuple de Maurice Pottecher à Bussang, 1895

Shakespeare (mais pas que…) à Bussang (suite)

Journal de bord de Michèle : 24 juillet 2016, Bussang. On vient de voir Le Songe d’une nuit d’été… Alors là ! Merveille de mise en scène, de comédiens, légèreté, gravité, intelligence… Il faut y aller ! Merci pour ce magnifique spectacle, la plus belle version que j’aie vue!

Vincent Goethals, Directeur du Théâtre du Peuple et metteur en scène

Vincent Goethals avec l’auteure franco-turque Sedef Ecer (en 2016 : Lady First et e-passeur.com)

18 août 2016

Patrick Sourd pour Les Inrocks :

Sous l’impulsion de son directeur Vincent Goethals, pas moins de cinq spectacles des Estivales du Théâtre du Peuple de Bussang sont dédiés à Shakespeare. Sur la scène vosgienne, l’imagination prend le pas sur la révérence.

(Compte-rendu « Shakespeare » de Patrick Sourd relaté dans le 1er article consacré à ce festival)

  • Lady First, de Sedef Ecer : Une Mère Ubu en son palais du Moyen-Orient, mise en scène de Vincent Goethals.
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Photo : Lady First © Eric Legrand (Les Inrocks)

Inspirée par la figure shakespearienne de Lady Macbeth, Lady First de Sedef Ecer est une pièce contemporaine qui s’inspire de l’actualité et des conflits dans le monde arabe. C’est en 2012 que le directeur des lieux, Vincent Goethals, avait passé une première commande à l’auteure franco-turque ; une pièce d’une dizaine de minutes traitant de la fin du règne d’une première dame. Dans la mouvance des printemps arabes, Sedef Ecer s’était alors inspirée de Leïla Trabelsi, femme de Ben Ali, qui venait de fuir la Tunisie.

L’espoir né de ces révolutions s’est depuis transformé en un triste hiver avec l’islamisme. Retravaillant sa pièce pour qu’elle se déploie sur une heure et quarante minutes, Sedef Ecer a élargi le champ de son inspiration à toutes ces femmes qui, dans l’histoire, ont vécu la chute d’un empire aux côtés d’un époux tyran.

Vincent Goethals traite l’insupportable égérie de cette farce cruelle à la manière d’une Mère Ubu assiégée par son peuple dans un palais du Moyen-Orient. Comme il s’agit de calmer les ardeurs de la populace avec une interview exclusive donnée à la télévision, tout se joue sur le plateau dans une mise en scène qui mêle la vidéo et le jeu in situ. Un éloquent chaos d’images pour dire la violence du monde et la difficulté d’en imaginer le futur.

Trois autres pièces sont présentées au Théâtre du Peuple cet été 2016 :

Ce sont autant de fantaisies et de digressions.

Mis en scène par Vincent Goethals, William’s Slam, de Marie Claire Utz s’apparente à une leçon de théâtre où l’on croise une professeure, vieille amoureuse de Shakespeare, qui transforme en aficionada du natif de Stratford-upon-Avon une jeune femme ne jurant que par le slam.

C’est vers un théâtre d’objets que nous entraîne Claire Dancoisne avec son inquiétant Macbêtes, les nuits tragiques. Cette descente aux enfers de Macbeth et de sa Lady se joue sur un simple établi grouillant de cafards, d’araignées et autres scarabées métalliques.

Enfin, avec Mon cœur pour un sonnet, la danseuse Aurélie Barré et l’acteur Sébastien Amblard optent pour la poésie amoureuse de l’auteur des fameux 154 sonnets en nous offrant un touchant duo joué et dansé.

La vocation première du Théâtre du Peuple s’ancre sur l’idée de transmission. Avec Shakespeare, la belle ambition de Vincent Goethals est d’en faire une école buissonnière qui privilégie d’abord l’échappée belle sur les chemins de traverse.

Les Estivales du Théâtre du Peuple jusqu’au 28 août, à Bussang, tél. 03 29 61 62 48, theatredupeuple.com