Quelques pièces vues en 2015-2016 (et en famille)

– En septembre 2015, Le malade imaginaire, de MOLIÈRE et Michel DIDYM

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Régressif, puéril et maniaque, Argan, sur son siège percé est comme un enfant qui trépigne dans son berceau et qui flirte avec la mort.« N’y-a-t-il pas quelque danger à contrefaire la mort ? », dit la réplique la plus célèbre. Aujourd’hui, à une époque où les idées sont pleines de miasmes, le rire est bien le pansement de l’âme.

Cet homme est malade ! Il est surtout insupportable, il veut être le centre du monde. Aujourd’hui, on dirait : « c’est psychosomatique ! » Du temps de Molière comme dans la France d’aujourd’hui, championne de l’usage de médicaments, l’hypocondrie est une disposition mentale, un théâtre intérieur, une représentation. Imaginaire, ce malade, ou malade de son imaginaire ?

Comme pour L’Avare ou d’autres pères tyranniques, Molière invente avant tout le monde le concept de névrose et peint les paysages intérieurs des maux de son temps. Un temps plein de flatulences cocasses, de merde liquéfiée et de gaz, de faux savants et de prédicateurs loufoques. Le monde, aussi, du spectacle et de la tuberculose – une vraie, celle-là – qui le tuent au son des chants et au rythme des danses. Le 17 février 1673, Molière joue pour la dernière fois Le Malade imaginaire. Il meurt sur scène en crachant du sang. Le public rit de tant de vérité. André Marcon est ce Malade fulgurant qui oscille entre mélancolie et furie. Avec toute la troupe, il entraîne le spectacle dans un vertige endiablé.

  • Loretta Strong de Raul Damonte Botana , alias COPI, et Gaël LEVEUGLE : de la pure folie théâtrale, qui a beaucoup déplu à Carmen! Mais Jean-Marie et moi, les vieux, les grands-parents, on a bien aimé!
Spectacle proposé en coréalisation avec le Centre Culturel André Malraux, Scène Nationale de Vandoeuvre-lès-Nancy .

Loretta Strong

 

 

  • The Events / Les Événements

Appel, et rappel hélas, d’une actualité tragique, en France (janvier et novembre 2015, 14 juillet dernier. .. et partout dans le monde. La pièce s’inspire de l’assassinat de 69 personnes au camp d’été de la Ligue des jeunes Travaillistes, sur l’île d’Uteya, Norvège, en juillet 2011. Folie, effroi. .. Ecriture de David GREIG, mise en scène par Ramin GRAY, interprétée, entre autres, par Romane BOHRINGER.

Il n’est jamais nommé mais le tueur dans The Events (Les Evénements), a bien des traits communs avec Anders Behring Breivik, assassin de 69 personnes réunies lors du camp d’été de la Ligue des jeunes travaillistes (AUF) sur l’île d’Utøya, en Norvège, le 22 juillet 2011. La pièce commence après le drame, dans l’onde du choc. Rien de larmoyant pourtant, ni dans la pièce de David Greig ni dans son traitement par l’Actors Touring Company. Confrontée à la barbarie, une prêtre, Claire, est ébranlée et cherche une réponse à de tels actes. Le retour à la vie de la communauté atteinte passe par le chant et l’accueil d’une chorale ayant préalablement répété dans chaque lieu où la troupe se produit. Poignant et majestueux.

Pièce reprise dans la saison 16-17 à la Manufacture. the-events2