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Mercredi 13 janvier 2016: Un bonheur au théâtre de la Manufacture de Nancy

Pièce créée au théâtre de Namur (Belgique) D’après « SPOUTNIK » de Jean-Marie PIEMME. Adaptation et réalisation de Philippe JEUSETTE et Virginie THIRION.

Présentation de la pièce à La Manufacture :

Ce n’est pas tant que « c’était mieux avant ». Ça, qui peut le dire ?

Il y a du pour et il y a du contre, et ce ne sont pas forcément les mêmes pour chacun. En revanche, ce que peut dire Jean-Marie PIEMME, c’est que « avant » vit en nous d’une manière ou d’une autre avec ses fantômes qui nous hantent. C’est à un voyage du côté intime des souvenirs que nous convie ce spectacle, qui a pour cadre le territoire le plus commun de l’espace familial : la cuisine. Un décor hyper réaliste où tout fonctionne et où l’on fait la cuisine en utilisant de vrais ingrédients, de vrais ustensiles, et/ou ceux qui mijotent dégagent un fumet des plus appétissants. À mesure que le repas se prépare et que les ingrédients se marient et fondent, petites et grandes histoires se mélangent, « avec jubilation, tendresse et humour » : l’usine, sur le trottoir d’en face, ou le père travail, les fêtes de famille, le Spoutnik, premier satellite lancé par ce qui s’appelait alors l’URSS.
La musique de ces souvenirs est jouée en direct, et des images projetées apparaissent.
Une histoire belge (ça se passe à Seraing) qui n’est pas sans évoquer la Lorraine, la désindustrialisation, la fin de la métallurgie et ses dommages collatéraux. Il n’est pas question de se plaindre, mais d’évoquer un monde de « vivants » par la face sensible où tout ne rentre pas dans une logique comptable où, sans production, c’est un certain rapport à la matière qui change.
Quelque chose de tangible qui n’est plus, si ce n’est dans les chaudrons de nos mémoires ou, peut-être, dans notre ADN.

Vidéos de présentation:

« C’est l’histoire d’une appartenance, qui colle à la peau comme la graisse noire sur le col d’un bleu de travail, peu importe les exploits d’ascension sociale qu’on accomplit » – Le Soir

A la manière de la madeleine de Proust, J’habitais une petite maison sans grâce, j’aimais le boudin nous plonge dans les souvenirs d’enfance rudes, drôles et chaleureux d’un petit garçon qui a grandi sous le ciel brumeux des usines sidérurgiques du bassin Liégeois.

En traversant avec lui les grandes étapes de sa vie, Philippe Jeusette, qui incarne Jean-Marie Piemme lui-même, partage avec sensibilité et humour une réalité sociale et économique, scandée par la dimension humaine et ses désillusions. Le quartier de son enfance, l’ambiance bienveillante de la cuisine familiale, sa mère aux fourneaux, les oncles et les tantes,  les Saint-Nicolas et la figure du Père rentrant de l’usine tissent la toile de cette succession de souvenirs heureux et moins heureux. Le jeu est juste et généreux. Presque seul en scène, il est rejoint ponctuellement par Virginie Thirion, mais également par Eric Ronsse qui accompagne la mise en scène par des mélodies délicates et du rock’n’roll réjouissant.

Tirée du récit autobiographique de Jean-Marie Piemme «Spoutnik », cette pièce est une plongée dans le monde ouvrier, l’héritage sentimental et la dignité des familles ouvrières. Mais c’est aussi une pièce sur la fin du «monde des usines » sans plainte et sans compassion, au cœur d’une actualité des plus concernées. Proximité et sincérité seront de la partie.

J’ai des racines. Elles enjambent la Meuse, s’accrochent à ses flancs. Et là où un pont joint les deux rives, des fumées noires flottent sur les cheminées des aciéries comme autant de drapeaux crasseux. Je suis de ce pays-là. Je suis du pays de l’usine. – Jean-Marie PIEMME

« Le tout se déguste comme un bon boudin noir, modeste et rustique  en apparence mais intense au palais » (Le Soir)

Extrait:

Je suis né dans la cave, sous les bombardements. Il était trois heures et demie, c’était la sortie des classes, je voyais défiler les jambes des écoliers devant le soupirail. « Poussez ! » Quelqu’un a dit « poussez! » et ma mère a poussé. Moi, je n’en demandais pas tant mais sous l’effet du mouvement, j’ai été forcé de sortir la tête. Quel jour sommes-nous, ai-je dit ? Avant tout, je voulais me donner une contenance devant tous ces gens qui m’attendaient. Le 16 novembre, imbécile. Ça m’a vexé. Oui, ça m’a vexé que mon père me parle sur ce ton. Après tout, on se connaissait à peine. Trente secondes, au plus ! Illico, j’ai alors décidé de marquer le coup. Il fallait qu’il comprenne tout de suite que je serais un enfant difficile. Mon Papa, malgré l’émotion qui nous étreint tous, ai-je dit en crachotant une saloperie qui me collait aux gencives, je n’oublie pas ce que tu m’as balancé quand Maman t’a dit qu’elle était enceinte. Il avait grogné ! Il avait pesté! Il avait hurlé : je n’en veux pas, on a déjà le chien !

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