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M. de MOLIERE et sa troupe

Tartuffe

de MOLIÈRE (1667)

Argument de la pièce :

MOLIÈRE nous fait pénétrer au sein d’une famille bourgeoise, en apparence honnête et paisible. Cette famille se trouve extrêmement troublée par la seule présence de Tartuffe, un hypocrite faux dévot, étranger à la famille. Orgon, chef de la maisonnée, donne asile au pieux personnage, qui a su le séduire, prendre l’ascendant sur son esprit et sur celui de sa mère, Mme Pernelle.
Toutefois, Tartuffe ne jouit pas de la même faveur auprès du reste de la famille. Damis, le fils d’Orgon, le traite de « pied plat » et la suivante Dorine, scandalisée de l’empire que Tartuffe a pris sur son maître, s’écrie :
« Certes, c’est une chose aussi qui scandalise
De voir qu’un inconnu céans s’impatronise ;
Qu’un gueux, qui, quand il vint, n’avait pas de souliers,
Et dont l’habit entier valait bien six deniers,
En vienne jusque là que de se méconnaître,
De contrarier tout et de faire le maître ».

Chronique d’une catastrophe annoncée: Cléante, beau-frère d’Orgon, essaye vainement de détromper celui-ci sur le caractère de Tartuffe, et cherche à l’éclairer sur la différence qui existe entre la vraie et la fausse dévotion. En vain : l’aveuglement d’Orgon à l’égard de Tartuffe va toujours croissant : il lui promet sa fille en mariage, lui confie un secret d’État qui peut le compromettre gravement. Enfin il déshérite son propre fils, qui a essayé de démasquer Tartuffe, et il fait au faux dévot donation de toute sa fortune ! C’est Elmire, femme d’Orgon, qui se charge alors d’ouvrir les yeux de son mari. Elle lui fait juger, alors qu’il est caché sous la table, de l’infamie de Tartuffe.

Fin de l’histoire? … Orgon, convaincu enfin de la perversité de cet homme, l’accable d’injures et lui ordonne de sortir de sa maison : « La maison est à moi, c’est à vous d’en sortir » s’écrie Tartuffe, en montrant l’acte de donation. De plus, la liberté d’Orgon est aussi compromise que sa fortune, car le traître à dévoilé le secret qui lui avait été confié ; Tartuffe amène lui-même l’exempt (*)

Officier de police qui procédait aux arrestations  http://www.cnrtl.fr/definition/exempt)

Tartuffe semble triompher sur tous les points, lorsqu’il est soudain arrêté et jeté en prison par ce même exempt, chargé secrètement par le roi de punir Tartuffe et de remettre la famille d’Orgon en possession de tous ses biens (fin « obligée », comme le dit Luc BONDY, pour plaire au Roi?)

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2014 – 2016

28 janvier-25 mars 2016 / Théâtre de l’Odéon – Ateliers Berthier, Paris 17e

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Luc BONDY (1948-2015)

La mise en scène de TARTUFFE par Luc BONDY.

avec Christiane Cohendy, Victoire Du Bois, Audrey Fleurot, Laurent Grévill, Nathalie Kousnetzoff, Samuel Labarthe, Yannik Landrein, Micha Lescot, Sylvain Levitte, Yasmine Nadifi, Chantal Neuwirth, Fred Ulysse, Pierre Yvon.

Cette pièce de Molière avait été mise en scène en 2014 par Luc BONDY. Après la mort de celui-ci, Marie-Louise BISCHOFBERGER et Vincent HUGUET, collaborateurs de Luc BONDY, se sont associés pour en reprendre la mise en scène. On retrouve Micha LESCOT dans le rôle de Tartuffe, dans une distribution en partie renouvelée.

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Je suis allée revoir cette version de Tartuffe en mars 2016, dans la mise en scène de Luc BONDY, que je connaissais pour l’avoir découverte il y a deux ans. La première fois, j’avais surtout redécouvert le texte de MOLIÈRE, et apprécié l’interprétation « décalée », très moderne, de Micha LESCOT dans le rôle de l’Imposteur. Cette fois, si j’avais craint l’ennui, je me trompais. Je n’aime pas le snobisme qui consiste à dire qu’on découvre toujours quelque chose de nouveau dans un film ou une pièce qu’on a déjà vus. Pas toujours, en réalité. Mais ici, c’était vrai, le plus étonnant étant qu’on était dans les mêmes décors, costumes, et la même mise en scène qu’en 2014! Audrey FLEUROT interprétait une Elmire rousse et très sensuelle ;

Luc BONDY explique comment  il a conçu cette mise en scène (voir ci-après le doc.PDF « Voir ou ne pas voir ») Et j’ai vraiment ressenti ce qu’il décrit de ses intentions de mise en scène. J’ai été très sensible à l’extrême présence charnelle de l’imposteur nommé Tartuffe : il touche, caresse et séduit tout le monde : son petit serviteur (Laurent) et surtout les membres de cette famille en crise  (et surtout Orgon, et même Elmire, son épouse, qui s’en défend) ; La fin heureuse « obligée », dit Luc BONDY, à cause du Roi, si difficile à croire, et qui laisse un goût … d’inachevé, et même de désastre.

Il est certes question du désir, mais c’est du désir d’un seul dont il s’agit : omnipotent, violeur; il méprise et saccage le désir des autres, qu’il soumet pour parvenir à ses fins. Ses victimes sont comme les ailes du papillon cloué, qui se débat désespérément. Qu’en reste-t-il quand la pièce est jouée? MOLIÈRE, nous dit Luc BONDY, fait passer l’idée qu’au théâtre, il ne faut pas croire tout ce qu’on voit! Certes, mais peut-on croire alors ce qu’on ressent – un immense gâchis?

Voici de très courtes vidéos de présentation (spectacle de 2014), trouvées sur Internet :

http://dai.ly/x1jowxj

http://dai.ly/x3ict7d

En 2016, dans le livret de présentation de la pièce aux Ateliers BERTHIER, figurait cette interview de Luc BONDY :

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Album photos de la pièce vue en 2016 :

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La querelle du Tartuffe (1664-1669)

http://fr.litarature.wikia.com/wiki/La_querelle_du_Tartuffe

En 1664 , Molière a 42 ans et il est un auteur reconnu , il se sent alors prêt pour attaquer sur la scène une catégorie de gens plus puissante que celles qu’il a déjà tournées en dérision dans ses œuvres précédentes : après les médecins ridiculisés dans le « Médecin volant », les Précieuses jouées dans les « Précieuses Ridicules » et les marquis dans « La Critique de l’école des femmes », Molière ose s’en prendre aux hypocrites et, plus précisément, aux hypocrites en matière de religion. Le nom de Tartuffe est emprunté à la langue et à la comédie italienne : tartufo, qui signifie « truffe », désigne dans le théâtre italien un personnage hypocrite (…)

TARTUFFE connaît un vif succès auprès du roi et sa cour. En écrivant cette pièce, Molière s’attaque à un bastion très influent : les dévots. Parmi eux, se trouvent des hommes religieux sincères, mais aussi des hommes qui affectent une pratique religieuse et qui profitent de l’influence du parti des dévots (…) Aussitôt, la cabale, menée par la Compagnie du Saint Sacrement, se déchaîne avec violence. Le parti dévot se lance dans la bataille, avec pour chef de file Anne d’Autriche, mère du Roi Louis XIV, femme très dévote et influente. Elle remporte une victoire en faisant interdire la pièce par son fils.

A la suite de l`interdiction de sa pièce, Molière entreprend des actions auprès du roi pour défendre son oeuvre, mais en vain. Pourtant, le 1er août, le curé de Saint-Barthelemy, Pierre Roule, traite Molière de « démon vêtu de chair » dans un pamphlet qui retentit dans tout le royaume. Ceci n’aboutit pas, car Louis XIV accorde une gratification au dramaturge.

A la suite de l’annulation d’une lecture dans un salon, Molière envoie un premier placet au roi, dans lequel il se justifie et expose les intentions de sa comedie. La pièce est représentée en privé à l’occasion de Visites, ce qui est toléré, en septembre chez Monsieur, frère du Roi, à Villers-Cotterets et dans la demeure de la Princesse Palatine, dans sa version achevée

En 1664, la tension monte à nouveau avec la nouvelle frasque de Molière: Dom Juan, un personnage très libertin. Le prince Conti est excédé et y trouve l’occasion de lancer une nouvelle attaque. La fureur de la Compagnie du Saint-Sacrement et de la société des dévots fait rage, Molière et la troupe sont menacés de mort et d’excommunication.

Le 14 aout 1665, le parti des dévots est « out » avec la mort des grands chefs de file du « mouvement anti-Molière ». Le roi prend la troupe sous sa protection et donne son accord verbal avant son départ pour les Flandres.

Le 5 aout, c’est la première de la réécriture de Tartuffe, Panulphe ou l’imposteur, qui connait un franc succès. Cependant, quelques jours après les premières représentations, des huissiers l’interdisent quelques heures avant la représentation. Molière envoie donc deux acteurs pour les Flandres afin de remettre un deuxième placet pour connaître les raisons de cette interdiction soudaine.

Pour finir, le 11 aout, l’archevêque de Paris censure la piece, interdisant à tous de lire ou d’en entendre la lecture ou de la voir representée. Dix-huit mois plus tard, l’affaire évolue avec la paix de l’Eglise. Le 5 février, Le Tartuffe est enfin representé. Le succès de la pièce fut à la mesure du retard imposé à ses représentations exceptionnelles. 77 représentations eurent lieu du vivant de Molière.