COMPLÉMENTS

  • 1 : Extraits de Beloved, roman de Toni Morrison (1989)

Beloved se présentait comme :

Une fille de couleur sans défense (venant de) territoires infestés par le Klan. Désespérément assoiffé de sang noir sans lequel il ne pouvait vivre, le dragon vaguait par tout l’Ohio à sa guise.

p. 99

Ce que disait Grand-Mère Baby sur les Blancs :

… qu’il n’y avait pas de défense – ils pouvaient à volonté vous considérer comme une proie, changer d’idée comme de chemise, et même quand ils pensaient se comporter bien, c’était à cent lieues de ce que font les vrais humains.

p. 336

Ce qui faisait trembler l’esclave fugitif Paul D, ce qui mouvait l’esclave fugitive Sethe :

Que tout Blanc avait le droit de se saisir de toute votre personne pour un oui ou pour un non. Pas seulement pour vous faire travailler, vous tuer ou vous mutiler, mais pour vous salir. Vous salir si gravement qu’il vous serait à jamais impossible de vous aimer. Vous salir si profondément que vous en oubliiez qui vous étiez et ne pouviez même plus vous en souvenir. Et qu’alors même qu’elle, Sethe, et d’autres étaient passés par là et y avaient survécu, jamais elle n’aurait pu permettre que cela arrive aux siens. Le meilleur d’elle, c’étaient ses enfants.

P. 346

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  • 2 : Notes personnelles et citations du récit d’Emmanuel Carrère, D’autres vies que la mienne.

Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m’est étranger.

Il fallait une capacité majeure d’empathie pour s’attacher à décrire ces autres vies, comme le fait ici Emmanuel Carrère. Ces autres vies, ces morts, et ce qui subsiste pour les vivants : les deuils, et la vie qui continue, infléchie, changée, souvent bouleversée, mais toujours évidente.

Emmanuel Carrère écrit dans une langue impeccablement classique, sans concessions, sans joliesses. Il est toujours présent à son récit, à ses personnages (qui lui racontent leur vie), et laisse parfois entendre ses émotions, son implication, comment sa propre vie s’entrelace à ces vies autres :

Une question de langage me tournait dans la tête. Je déteste qu’on emploie le mot « maman » autrement qu’au vocatif et dans un cadre privé : que même à soixante ans on s’adresse ainsi à sa mère, très bien, mais que passé l’école maternelle on dise « la maman d’Untel » ou, comme Ségolène Royal, « les mamans », cela me répugne, et je devine dans cette répugnance autre chose que le réflexe de classe qui me fait tiquer quand quelqu’un dit devant moi « sur Paris » (…) Pourtant, même pour moi, celle qui allait mourir, ce n’était pas la mère d’Amélie, de Clara et de Diane, mais leur maman, et ce mot que je n’aime pas, ce mot qui depuis si longtemps me rend triste (…), j’avais envie de le prononcer. J’avais envie de dire, à voix basse : maman, et de pleurer et d’être, pas consolé, non, mais bercé, juste bercé, et de m’endormir.

D’autres vies que la mienne, p. 86

Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait, l’importance du langage qui façonne nos actes :

On devait (…) aller à l’hôpital, je crois qu’on a simplement dit « pour voir Juliette ». Pas pour lui rendre un dernier hommage, ni pour se recueillir devant sa dépouille : c’est une qualité qu’on doit reconnaître aux bourgeois à l’ancienne de ne pas recourir à cette langue de bois, et de dire qu’on est mort, pas décédé ou parti.

D’autres vies que la mienne, p. 104

La première nuit

« Une place s’était creusée » pour Étienne, le collègue juge très proche de Juliette. Après sa mort, Étienne parle d’elle à sa famille, à ses amis. Et on mesure là encore l’extrême attention qu’Emmanuel Carrère porte aux mots, au langage :

(…) c’est de cette place qu’il nous parlait. Pour nous dire quoi ? Pas de bonnes paroles. Pas que Juliette était courageuse, ni qu’elle s’était battue, ni qu’elle nous aimait, ni même qu’elle était morte heureuse. Tout cela, d’autres pouvaient nous le dire. Lui parlait d’autre chose, qui lui échappait, qui nous échappait, mais remplissait le salon ensoleillé d’une présence énorme, écrasante, pas triste pour autant. J’ai senti que cette présence me faisait signe à un moment précis, quand il a évoqué l’expérience pour lui fondatrice de la première nuit. La première nuit qu’on passe à l’hôpital, seul, quand on vient d’apprendre qu’on est très gravement malade, que de cette maladie on va peut-être mourir et que c’est cela, désormais, la réalité. Quelque chose, disait-il, se joue à ce moment, qui est de l’ordre de la guerre totale, de la débâcle totale, de la métamorphose totale. C’est une destruction psychique, cela peut être une refondation.

D’autres vies que la mienne, p. 114-115

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  • 3 : 4ème de couverture de La lumière du deuil, de Dominique Sampiero.

Quand elle apparaît dans le récit, les souillures de la vie l’ont déjà atteinte. Qui était cette femme que le narrateur n’a pas même connue et qui lui manque ?
Pour la sauver de l’oubli –lui donner un corps, lui inventer une voix–, chaque mot la cherche dans la douceur mouillée du pays des Flandres, dans sa beauté native, dans sa violence sourde, sa folie silencieuse, son dénuement.
Un destin s’accomplit qui semble ne laisser aucune part à l’amitié du monde. Mais si, inconsolable, on attendait encore une lueur, c’est à la nuit, la boue, à l’immobilité de la flaque qu’il faudrait arracher son reflet.

Source : Éditions Verdier

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  • 4 : Le paragraphe final de L’enfant Océan, de Jean-Claude Mourlevat.

« Je me suis assis à côté de lui, avec mille précautions de peur de briser l’enchantement. Il faisait incroyablement doux pour une matinée de mi-novembre. Au-dessus de nos têtes, le ciel était immense. Le bateau filait à bonne allure.

Plein ouest.« 

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  • 5 : Note empruntée au site BABELIO, sur le recueil de nouvelles Les Mariés de la Tour Eiffel.

Pour la première fois, dix écrivains ont eu carte blanche pour écrire une fiction inspirée d’une oeuvre emblématique du Musée national d’art moderne.
Sous leur plume, toiles de Chagall, Magritte, Modigliani ou Pollock, installations de Calle ou Messager, photographie de Man Ray, performance d’ORLAN, mur de l’atelier de Breton et sculpture de Veilhan donnent naissance à de nouvelles créations… littéraires.

Auteur(e)s : Joanne Anton, Marie Darieussecq, Nicolas d’Estienne d’Orves, Simonetta Greggio, Stéphanie janicot, Gilles Laurendon, Scholastique Mukasonga, Patrick Poivre d’Arvor, Tatiana de Rosnay, Alice Zeniter.