Thich Nhat Hanh, maître bouddhiste vietnamien, parle de l’incessante radio de notre mental. Elle envoie, jour et nuit, des « J’aurais dû lui dire », « J’aurais dû vérifier », «J’aurais dû écouter », « J’aurais dû être plus gentil ». Elle diffuse aussi des « On m’a fait, humilié,  abandonné…», « On m’a accusé à tort »… Cette radio repasse en boucle nos peines et nos remords. Elle nous lit aussi nos scenarii d’avenir : « Je vais lui montrer qui c’est Raoul!» Bref, elle ne se tait jamais ! Et nous, avec tout ce vacarme dans notre tête On n’entend plus grand-chose …

Noëlle Bréham, journaliste et animatrice de radio

https://www.franceinter.fr/emissions/les-p-tits-bateaux

Qu’est-ce que ça veut dire au juste « méditer » ?

Réponse du philosophe et écrivain Fabrice Midal, fondateur de l’École Occidentale de Méditation, qui transmet la pratique de la méditation. Directeur de la collection « L’esprit d’ouverture » aux éditions Belfond et de la collection « Evolution » chez Pocket.

« Méditer, c’est apprendre à se foutre la paix et commencer à vivre… »

On pourrait dire que méditer, cela veut dire trois choses : rentrer à la maison, apprendre à faire attention et ne rien faire…

1- On rentre à la maison et on s’assoit. C’est tout simple, on arrête de courir, de faire plein de choses, on prend un temps, on rentre à la maison.

2- Apprendre à faire attention. L’attention, c’est un peu comme un muscle, il faut l’entraîner. La méditation est un entraînement de l’attention. Et on en a d’autant plus besoin aujourd’hui qu’avec « l’infobésité », les textos, etc… on perd vraiment la capacité de faire attention. C’est ce que disent la plupart des enseignants et des professeurs. L’obstacle est que les enfants ne savent plus trop comment faire attention. Dès qu’il ne se passe rien, ils s’ennuient. Faire attention, c’est accepter que les choses aient une certaine durée, une certaine lenteur, prendre le temps… La méditation nous aide à apprendre à faire attention.

3- La troisième manière de décrire la méditation, c’est qu’on ne fait rien. On est assis, on est présent et on ne fait rien. On découvre que si on ne fait rien, il se passe plein de choses. Nos perceptions sensorielles sont complètement ouvertes. On entre complètement en rapport avec le monde. On voit des choses, on entend, les pores de notre peau, son rapport à la température, par exemple. Puis, on se rend compte qu’on respire. En respirant, on se met en rapport à la vie. On dit oui à la vie, parce que la respiration permet à tous nos organes de rester vivants. Et on est là, il peut y avoir des pensées, des émotions, des inquiétudes et on ne fait rien. On note ce qui vient, mais on ne fait rien. Ce geste-là nous redonne un sens d’ancrage dans le présent, extrêmement fécond.

« C’est pour ces raisons que l’on dit qu’il est bon aujourd’hui de pratiquer la méditation 5 à 10 minutes par jour, comme on se lave les dents. C’est une forme d’hygiène, une forme d’éthique pour essayer de rester un être humain ouvert et disponible. » 

Fabrice Midal, écrivain et philosophe