« Un vent violent  soufflait sur la lande de Midnesheidi. Venu du nord et des hautes terres désertes, il franchissait les eaux agitées du golfe de Faxafloi, puis se précipitait, glacial et mordant, sur les ondulations du paysage, saupoudrant d’une fine couche de neige les plantes rases, transies et prostrées, qui dépassaient à peine des roches et des blocs de pierre. La végétation à la merci de la mer et du vent du Nord livrait une lutte incessante. Seules les plantes les plus endurcies parvenaient à survivre ici. La clôture dépassant de l’étendue désolée délimitait le périmètre de la base militaire américaine et sifflait sous l’effet des bourrasques qui s’abattaient sur les murs gigantesques du hangar à avions, au sommet de la lande. Le vent redoublait d’intensité aux abords du bâtiment, comme exaspéré par cet obstacle, puis continuait sa route à travers la nuit.
Ses hurlements résonnaient dans l’immense construction, l’une des plus grandes d’Islande (…) On y assurait la maintenance de la flotte aérienne des troupes affectées à l’aéroport de Keflavik »

(Le Lagon noir, chapitre 1, début)

Voilà. Arnaldur INDRIDASON l’Islandais a dit.

Il vous pose ce décor : une Islande traumatisée par une sorte « d’occupation » américaine (De 1951 à 2006, une importante base militaire américaine était installée à Keflavik, l’île étant considérée comme occupant géographiquement une position stratégique de premier plan dans le contexte de la Guerre Froide)

C’est cette base américaine qui est le lieu principal du roman. Vous y êtes. Habillez-vous très chaudement, mettez pas loin de vous un grand mug plein de quelque chose de chaud ou de fort, calez-vous le dos, c’est parti.

Les polars d’Arnaldur sont plus que des polars : ce sont des tranches de vie, avec des personnages denses, durs. Parfois très courageux, ils sont toujours complexes, souvent blessés jusqu’au malheur. Au centre se trouve le commissaire Erlendur (En Islande, on est répertorié avec son prénom, suivi de sa filiation paternelle, par exemple « Fils ou fille de Svein » ⇒ »Sveinson » ou « Sveindottir ») Erlendur éprouve toujours une grande empathie pour ceux et celles qu’il rencontre (« Tu n’es pas pasteur », lui dit sa chef !) Erlendur EST tous les personnages.

« Erlendur relut les mots de la jeune fille avant de lever les yeux des pages manuscrites, cerné par le silence, les ténèbres et l’oubli. »

(Le Lagon noir, chapitre 24, fin, p. 168)

Dans « Le Lagon noir« , Erlendur Sveinsson est encore un jeune inspecteur de police, il est sous les ordres de Marion Briem, la commissaire. Mais on voit qu’il mène ses propres recherches policières, et « Le Lagon noir » retrace 2 mystères, 2 enquêtes, 2 histoires. L’une, présentée comme « accessoire » au début, appartient en propre à Erlendur, et devient ensuite très importante, subtilement liée à l’enquête « principale ». Cette enquête d’Erlendur reflète l’obsession qui habite sa vie : sa passion désespérée, existentielle, pour les cas de disparitions. L’autre enquête, celle qui donne son titre au roman, est loin d’être secondaire. L’opiniâtre recherche d’Erlendur autour de la disparition d’une lycéenne, plus de 20 ans auparavant, montre combien il est vital pour lui de débusquer la vérité.

Qui connaît les romans d’Arnaldur INDRIDASON, du moins ceux qui mettent en scène le policier Erlendur, sait que les enquêtes sur les disparitions sont un fil rouge : Erlendur est un être secret, intransigeant et tenace, et surtout extrêmement solitaire; famille absente, peu d’amis connus; il fait corps avec l’Islande, il EST la sauvage lande islandaise et le vent glacial sur la lande. L’enquête d’Erlendur n’est pas une recherche de « coupables » : rien de judiciaire là-dedans, jamais de procureurs ni de juges. Les coupables sont souvent de pauvres hères. Rien que des êtres humains, infiniment douloureux, tout comme celui qui les traque : Erlendur, lui, est un frère douloureux.

Il y a toujours dans les romans d’INDRIDASON « du cœur, de l’âme et de la douleur » (comme l’a écrit un internaute) Le fil rouge, qui court à travers toute son oeuvre, c’est une recherche de sens, une « quête ». La quête d’Erlendur semble s’achever dans le roman « Étranges Rivages », mais est-ce bien certain? D’ailleurs,  je ne veux rien révéler.

Je vous prie d’entendre la chanson de Félix LECLERC le Québecois : « Douleur »

…De ♥ Félix LECLERC ♥ , par ♥Fred PELLERIN ♥

 

Tous les romans d’Arnaldur INDRIDASON sont traduits de l’islandais par Eric BOURY.

Bibliographie:

Romans traduits en français, principalement par Eric BOURY, mettant en scène pour la plupart le commissaire Erlendur:

  • La Cité des jarres, 2000
  • La Femme en vert, 2001
  • La Voix, 2002
  • L’Homme du lac, 2004
  • Hiver arctique, 2005
  • Hypothermie, 2007
  • La Rivière noire, 2008 (sans le commissaire Erlendur)
  • La Muraille de lave, 2009 (sans le commissaire Erlendur)
  • Étranges rivages, 2010
  • Le Duel, 2011
  • Les Nuits de Reykjavik, 2012
  • Le Lagon noir, 2014

Autres romans (traduits en français par Patrick GUELPA)

  • Opération « Napoléon », 1999
  • Betty, 2003
  • Le Livre du roi, 2006
  • Dans l’ombre, 2015
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Arnaldur INDRIDASON