« Prenez des risques, les gens! » Alain GUYARD

Qui vient à point pour nous dérouiller les neurones? Penser, relire, exposer, et aussi : faire plaisir, faire rire (pourquoi pas?) fédérer, semer des graines de réflexion philosophique … On n’en trouve pas tant que cela, de ces intellectuels qui réveillent les consciences et douchent les neurones (attention au court-circuit!)

On n’a pas bien cherché peut-être, ou alors on n’a pas cherché aux bons endroits.

Je crois en avoir trouvé un! (C’est un début) Il s’appelle Alain GUYARD : Philosophe, et bien plus encore … (Seconde moitié du XXème siècle, début du XXIème, pour longtemps encore, espérons!) Il ne peut récuser le terme d’intellectuel, car c’en est un! Mais pas que …

Dans différentes interviews, Alain GUYARD dit que « Philosopher, c’est accepter l’inconfort » pour comprendre notre rapport au monde et à autrui : « Il s’agit de ramener la philosophie à sa dimension charnelle, dérangeante, remuante, faisant irruption là où on ne l’attend pas, causant à tous les hommes, même aux humbles, sans grade et sans diplôme; Surtout à eux. »

http://www.philomag.com/lactu/breves/alain-guyard-toute-parole-est-legitime-pourvue-quelle-retentisse-dans-lespace-public

La philo devient un spectacle vivant, interactif, subversif, et ouvert à tous : Alain GUYARD revendique d’ailleurs de s’adresser prioritairement à un public qui ne possède pas les codes culturels dominants, il veut « ancrer la philosophie dans le sol de la cité » (Interview in TELERAMA n° 3485)  : hôpitaux psychiatriques (soignés autant que soignants) centres pénitentiaires, centres d’hébergement d’urgence, fêtes foraines, campagnes … Ces publics non conventionnels « ont très envie de se coltiner la philosophie, et de creuser les grandes questions existentielles qui les taraudent (…) La pensée est liée pour eux à une certaine urgence vitale (…) un rapport viscéral à la philosophie. Les prisonniers, par exemple, public sous-diplômé, n’ont souvent jamais entendu le mot « philosophie ». Mais quand je lance le sujet du temps ou du désir, ils savent très bien de quoi l’on parle : le rapport au temps est constitutif de leur existence en prison, qu’il soit vécu de manière lancinante dans la répétition du même, de manière intensifiée lorsqu’ils attendent une visite (…) ou sur un mode tragique, quand, après quinze ans de peine, les six derniers mois sont ressentis comme les plus longs, les plus pénibles »

Dans cet article, Alain GUYARD fait aussi part de ses positions à l’égard des institutions, des politiques culturelles …

http://www.telerama.fr/etats-genereux/alain-guyard-ma-demarche-consiste-a-casser-un-entre-soi-culturel,149106.php

J’ai rencontré Alain GUYARD lors du Festival « Aux Actes Citoyens ») de Tomblaine, en mai 2016 (Les bien-nommées « Rencontres Théâtrales », voir autre article sur ce blog) Alain GUYARD présentait 4 soirs de suite, sous un petit chapiteau, une séance de philosophie foraine. En voici les thèmes, tels que présentés sur la plaquette du festival :

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Voilà! Ça donne une idée (ou plutôt des idées!)  de ce qui se brasse au cours de ces séances!

Et je suis retournée à une séance de philo foraine (sur le thème de la laïcité) en octobre dernier, lors des manifestations organisées au Conseil Départemental (semaine de la lutte contre les discriminations) :

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Alain GUYARD est donc philosophe forain, comme il se présente lui-même. Venir à une séance de philo foraine est une expérience plutôt inédite:

« Filosofe (hic!) forain, bonimenteur de métaphysique, décravateur de concepts, et pétomane mental (uniquement sur rendez-vous) »

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Qu’est-ce que ce petit imprimé?

Eh bien, lors des séances (employons ce terme provisoirement, le lecteur jugera plus tard s’il est adapté) lors des séances, donc, de philo foraine, Alain GUYARD distribue aux spectateurs (pareil pour ce terme, tout est à remettre en question!) ce qu’il appelle un « Power Point portatif » C’est une feuille A4 « ronéotypée »(?) sur laquelle il a couché ses concepts du jour, dûment calligraphiés, triturés, élaborés en langage accessible, exemplifiés, essentiels! La feuille est pliée en 8, et à mesure qu’Alain avance dans sa leçon (?) il passe d’une diapo à une autre, en nous demandant de déplier progressivement notre origami (La fabrication de ce support pédagogique est montrée dans le film « La philo vagabonde », voir ci-après la bande-annonce)

Hâbleur comme un camelot (mais il n’a rien à vendre!), démonstratif, Alain GUYARD te harponne doucement, crée des liens entre les pensées, suscite des questions : c’est un philosophe, à la pédagogie bien particulière, et un véritable artiste aussi : appuyé au comptoir, dans une position qu’il dit « de combat » ponctuant chaque stade de la réflexion philosophique d’une gorgée de bon vin (de préférence local), il met en scène son corps, sa pensée et celle des grands philosophes qu’il convoque. Les séances de philo foraine sont alors, à la fois : des leçons, des représentations, des espaces de liberté « ici et maintenant », où tous les sujets peuvent advenir (waouh!)

En octobre 2016 est sorti (dans trop peu de salles, hélas, et pas à Nancy en tout cas) le film « La philo vagabonde »,  ayant pour sujet (et interprète « in vivo ») Alain GUYARD, philosophe forain. J’ai fait une demande au cinéma CAMEO pour qu’il programme ce film, mais n’ai reçu aucune réponse.

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« En plein champ, en prison, sous un chapiteau, il met la philosophie dans tous ses états et la ramène à sa dimension charnelle et subversive, au plus près des citoyens.

Cette philosophie « buissonnière » nous aide à comprendre notre rapport au monde et à autrui, pour tenter d’agir et d’assumer notre humaine condition »

Et la pensée peut enfin vagabonder »  (Site « AlloCiné »)

Bande-annonce :

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(Le Canard Enchaîné, 05/10/2016)

Alain Guyard, le philosophe « tout terrain »

Il a enseigné la philosophie 20 ans en lycée et à l’Université. Mais en se mettant en congé de l’Education nationale depuis quelques années, il devient « philosophe forain », avec la volonté de faire sortir la philosophie du carcan académique dans lequel elle a été enfermée. 
Avec son association « Diogène Consultants », il dispense des cours de philo là où on les attend le moins : en prison, dans des centres sociaux, des maisons du peuple, en plein champ, mais aussi en hôpital psychiatrique, etc. Le but de son association, tel qu’il l’explique lui-même est de : « Mettre la philosophie dans tous ses états, hors les murs de l’université et du lycée, loin des intellectuels maniérés et poseurs. La mettre dans les prisons, les hôpitaux, les bistros, les concerts, les quartiers, au fond des grottes et dans la rue. Il s’agit de ramener la philosophie à sa dimension charnelle, dérangeante, remuante, faisant irruption là où on ne l’attend pas, causant à tous les hommes, même aux humbles sans grade et sans diplôme. Surtout à eux ».

Alain Guyard anime également des ateliers d’écriture dans des prisons, pour des associations et dans des universités populaires. Il a écrit plusieurs pièces de théâtre, il publie en 2011 son premier roman, La zonzon aux éditions du Dilettante, qui narre son expérience de « prof de philo pour taulards ».

http://laphilovagabonde.com/alain-guyard/

BIBLIOGRAPHIE d’Alain GUYARD

Romans et Essais :

  • La soudure, Ed. Le Dilettante, 2015
  • La fleur au fusil, chroniques de la guerre de 14-18, éd. Camino Verde, 2014
  • 33 leçons de philosophie par et pour les mauvais garçons, éd. Le Dilettante, 2013
  • Postface à Cendrine Borzycki, Hors les murs. Journal d’un voyage immobile « Esthétique de l’incarcération », Publication de la Réunion des Musées nationaux, 2013
  • La Zonzon, Ed. Le Dilettante, 2011

Pièces de théâtre :

  • Charlie Bauer est amoureux (2014, mise en scène D. Fataccioli)
  • D’Artagnan de Carmargue, con ! (2014, mise en scène A. Ségura)
  • La Fleur au fusil (2013, mise en scène F. Bourcier)
  • La Maréchale et le Libertin (2013, mise en scène F. Bourcier).
  • Out law in love (2011, mise en scène F. Bourcier ass. B. Bernardin).
  • Femmes passées sous silence (écriture coll., 2010, mise en scène F. Bourcier).
  • Résister c’est exister (2008, mise en scène I. Starkier).
  • Sacco et Vanzetti (2008 mise en scène F. Bourcier).