Nous sommes en 2026, et les lectures fleurissent de plus belle !
Et d’une :

Cette 1ère page annonce que je viens de finir la lecture d’un roman (reçu à Noël, quelle bonne idée!), un roman magnifique de :

♥♥ Maria Pourchet: Tressaillir (2025, Éditions Stock): une plume alerte et lumineuse, des personnages attachants, bref pour moi une heureuse redécouverte de cette jeune auteure, lue il y a quelques années (2012, Avancer, Éditions Gallimard, collection Folio).

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Place ensuite à une petite « bombe littéraire » !

♥♥ La petite bonne, de Bérénice Pichat (2024, Éditeur Groupe Delcourt, Les Avrils) :

« Domestique au service des bourgeois, elle est travailleuse, courageuse, dévouée. Mais ce week-end-là, elle redoute de se rendre chez les Daniel. Exceptionnellement, Madame a accepté d’aller prendre l’air à la campagne. Alors la petite bonne devra rester seule avec Monsieur, un ancien pianiste accablé d’amertume, gueule cassée de la bataille de la Somme. Il faudra cohabiter, le laver, le nourrir. Mais Monsieur a un autre projet en tête. (…) »

(4ème de couverture)

Prix des libraires, unanimement salué par la critique ! (Mais dénigré, parfois sauvagement, par quelques lecteurs/lectrices … Voir sur le site Babelio, par exemple).

Trois protagonistes seulement se partagent le récit de Bérénice Pichat : la petite bonne, héroïne (réellement) anonyme de ce livre ; Blaise, anciennement pianiste virtuose amoché à vie par la folie meurtrière de la guerre ; et sa « sainte » et admirable épouse Alexandrine, dont le court départ du logis permet le déploiement, la respiration profonde d’une prodigieuse intrigue. Ce livre se lit presque d’une traite, et j’ai trouvé le sujet et l’intrigue très originaux, très prenants… Le style et la construction sont également originaux, déroutants parfois. J’ai trouvé ce livre féministe, perception renforcée lors du dénouement de l’histoire… Bérénice Pichat se fait porte-parole d’un récit intense, à plusieurs voix, factuel et surtout mental.

Sur le bandeau de couverture : « Un suspense extraordinaire. Un livre qui va vous marquer » (Augustin Trapenard, la Grande Librairie).

Ce livre parle de souffrances et d’épiphanies.

Les souffrances de Blaise :

La piano est là, majestueux, inchangé. L’abattant n’est pas fermé à clé. Blaise parvient à le soulever et révèle le clavier. Son moignon frôle les touches dans une lamentation discordante. Alors, de son bras le plus valide, il frappe de toutes ses forces sur le clavier, il voudrait le briser. Le piano hurle, les sons s’entrechoquent, vociférations stridentes qu’il accompagne de cris de bête blessée. Épuisé, hagard, il s’effondre, la tête la première sur les touches d’ébène et d’ivoire qui vibrent encore un long moment sous sa respiration haletante.

(p. 119)

Celles de « la petite bonne » :

Son corps à elle est rouge
du bout des doigts jusqu'aux coudes
Les mains qui trempent dans l'eau
par tous les temps
la lessive
la vaisselle
les sols à frotter
La peau usée
on la dirait à vif
transparente avec des veines bleues
apparentes
qui battent
Le sang à l'orée de la peau
devenue étrangement épaisse
Les paumes calleuses
cloquées
Les doigts déjà déformés
malgré la jeunesse
Tant d'années à servir
ça façonne les articulations
ça marque la chair

Et puis partir à l’aube, porter le lourd panier, rempli des outils et produits divers pour le travail, aller de maison bourgeoise en maison bourgeoise, affronter, faire front, s’activer rapidement et efficacement, endurer et rester à sa place.

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Et pour suivre, ce sera ?