Lectures 2025
Crime, roman d’Irvine Welsh (2022, Éditions Au diable vauvert, collection « Les Poches du Diable », 1ère édition en anglais en 2008 – traduit de l’anglais par Diniz Galhos).
Un épais roman (463 pages en Poche), dont le héros, les arguments, le « super-héros » omniprésent (bourré de défauts et même de vices, ultra-égoïste, machiste, mais censément si attachant!) ne m’ont pas convaincue: le roman est verbeux, complaisant, uniquement centré sur le héros et sa vertueuse obsession: la chasse au pédophile… Mais si bien écrit, cependant ! Le style d’Irvine Welsh est parfait, je trouve. J’avais bien aimé à l’époque (2021) l’adaptation du roman en série télévisée, avec l’acteur Dougray Scott, qui donne une interprétation intense et torturée du ténébreux Ray Lennox, la série faisant aussi une place intéressante à tous les personnages…
Pour tempérer ce jugement semi-négatif sur Crime, je vous propose ce petit extrait, que je trouve particulièrement incisif (et sans doute pertinent, actuel, et transposable en Europe évidemment…) : une description qu’Irvine Welsh propose de l’Amérique contemporaine, vue par un Britannique en vacances là-bas, à travers sa télévision :
Il allume la télévision. C’est ce qu’on fait quand on est en Amérique (…) On se tournait automatiquement vers la télé, ici, comme nulle part ailleurs à l’étranger. Ce geste, ce bruit sec, avec la télécommande, et on était en Amérique. Les flash-infos. Le téléachat. Le soap-opéra quotidien avec les mannequins animés. Le show en plein tribunal. Les gens pauvres et gros qui se crient dessus pendant que Jerry ou Ricki ou Montel maintiennent l’ordre. Tentent de les aider, même. Essayent de comprendre leurs problèmes de pauvres et de gros. Compatissent avec leur besoin de crier et de se pointer les uns les autres de leurs doigts boudinés en public. En soirée, les émissions à vocation matrimoniale. Les Adonis, lourdauds et suffisants, se présentant avec apathie comme des « play-boys », tout en suffoquant lentement dans leur propre ennui. Des filles lasses et manucurées, le visage immobilisé, insensibles à tout ce qui n’a pas trait au salaire des garçons.
La façon dont toutes ces inepties devenaient compréhensibles, tangibles même, par le contexte.

Romans d’Irvine Welsh (Wikipedia):
- Trainspotting, Éditions L’Olivier, 1996 (1ère édition 1993), trad. Éric Lindor Fall.
- Une ordure, Éditions L’Olivier, 2000 (1ère édition Filth, 1998)
- Glu, Éditions Au diable vauvert, 2009 (1ère édition Glue, 2001), traduction de Laura Derajinski.
- Porno, Éditions Au diable vauvert, 2008 (1ère édition 2002), traduction de Laura Derajinski : c’est la suite de Trainspotting.
- Recettes intimes de grands chefs, Éditions Au diable vauvert, 2008 ; Édition en anglais: The Bedroom Secrets of the Master Chefs (2006), traduction de Laura Derajinski.
- Crime, Éditions Au diable vauvert (1ère édition 2008), trad. Diniz Galhos ; c’est la suite de Une ordure.
- Skagboys, Éditions Au diable vauvert, 2016 ; 1ère édition en 2012), traduction de Diniz Galhos ; ce roman est le préquelle de Trainspotting et Porno.
- La Vie sexuelle des sœurs siamoises, Éditions Au diable vauvert, 2017 (édition en anglais : The Sex Lives of Siamese Twins, 2014, traduction de Diniz Galhos).
- Le Coup du siècle, Éditions Au diable vauvert, 2021 (édition en anglais : Decent Ride, 2015, traduction de Diniz Galhos – Spin-off *: Glu centré sur Terry Lawson.
- L’Artiste au couteau, Éditions Au diable vauvert (édition en anglais : Blade Artist, 2016), traduction de Diniz Galhos – Spin-off *: Trainspotting, centré sur Francis « Franco » Begbie.
- DMT, Éditions Au diable vauvert, 2018 (édition en anglais : Dead Men’s Trousers, 2018), traduction de Diniz Galhos.
- En anglais : The Long Knives, 2022.
- En anglais : Resolution, 2024.
*Un « spin-off » est une série télévisée, produite à partir d’un roman.