Qui m’a fait naître? Qui a fait les arbres? Qui allume et éteint les étoiles? Mon âme, qu’est-ce? Puis-je la voir? Pourquoi Dieu ne veut-il pas exaucer toujours?
Kaspar Hauser
Cet article est consacré aux auteurs: essayistes, juristes, historiens, dramaturges, psys, cinéastes…, qui ont exploré le cas Hauser :
- page 1: auteurs, livres (essais et autres écrits).
- page 2: mises en images, théâtre.

Je n’ai évidemment pas pu lire tous les documents dont je fais état, vu tous les films, ni même citer tous les auteurs concernés. Vu l’abondance de matériaux disponibles, le tri s’imposait, et il est bien sûr subjectif… Un dernier article sur le sujet Hauser suivra celui-ci, dans lequel les poètes auront la parole; une parole plus légère à entendre, mais grave aussi. car le lunaire Kaspar était aussi, comme l’écrit Hervé Mazurel, un être humain comme les autres: de chair et d’os; mais qui, par sa seule présence, mettait à nu, sans en avoir la moindre idée, toute la trame ordinaire des jours.*
*Hervé Mazurel, opus cité, p.219
Tout ce que normalement nous n'appréhendons que peu à peu et pas à pas, voilà que du fait de son exceptionnel destin, cela fut donné à Kaspar Hauser d'un seul coup, comme une masse effrayante et indéchiffrable, qu'il déchiffra pourtant, par un travail intellectuel harassant, au cours du peu d'années qu'il lui fut donné de vivre après la sortie de l'enfermement complet dans lequel il passa son enfance. Né deux fois et pur contre-héros, Kaspar Hauser, par-delà l'énigme que scelle son nom, figure malgré lui comme un exergue misérable et sublime dans la lignée de tous ceux que la proximité à leur propre expérience rejeta hors du monde.Hervé Mazurel, Kaspar l’obscur ou l’enfant de la nuit, essai d’histoire abyssale et d’anthropologie sensible (2023, Éditions La Découverte Poche).
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Il existe une profusion de documents (du 19ème siècle, ou contemporains), relatifs à l’apparition, à la vie et à la mort du jeune Kaspar Hauser. Écrits qui sont autant d’efforts pour pénétrer cette expérience, entre toutes bouleversante, et qui bouleversa l’Europe entière au moment où elle fut révélée : quand, le lundi de Pentecôte 1828, sorti du néant, Kaspar Hauser fit son apparition à Nuremberg. Pour tenter aussi de percer les nombreux mystères que véhicule cette histoire… échafaudant des hypothèses, rassemblant-recollant les morceaux épars d’une histoire et d’une personnalité on ne peut plus déroutantes. Inventant des solutions dans cette discontinuité totale, ce chaos. Prenant Kaspar Hauser comme sujet (objet) d’études plus ou moins scientifiques. Testant sur sa personne fragile des pédagogies strictes et traditionnelles, ou au contraire humanistes et axées sur l’expérience sensible. On n’oublie pas que Kaspar Hauser était comme un enfant très jeune, vierge de toute influence, devant tout apprendre !

Hervé Mazurel décrit dans l’essai cité l’énorme soif d’apprendre de Kaspar, son intelligence vive, sa curiosité, du moins dans les premières années de son acclimatation au monde…
Puis l’habituation progressive, sournoise, la lassitude, la fatigue, les failles, issues d’un ancrage affectif fragile (et discontinu, Kaspar changeant de famille d’accueil, ne pouvant fixer solidement et durablement ses références) … Le jeune homme avait, durant l’enfance, manqué de tout accompagnant (sauf à subvenir uniquement à ses besoins très élémentaires) – le désir tout neuf* et déjà émoussé, qui ne soutient plus l’envie de savoir, les questions sur le monde, et même, chez Kaspar, une nostalgie récurrente du cachot d’antan, qui montre la lassitude du premier appétit de savoir, et ses limites intellectuelles. Et, après sa libération, les prémices (que j’ai pressenties/déduites à la lecture de H. Mazurel), chez Kaspar, d’une dépression majeure.
En quelques années, le météore Kaspar Hauser aura épuisé sa lumière, son éclat.
*Ayant grandi dans un isolement, une déshérence absolus, Kaspar n’avait vraisemblablement pu ressentir de manque, donc n’avait pu construire une personnalité de sujet désirant. Au sujet du concept de manque, voir: Luis Gonzaga Galvis Quiceno, Le sujet et son rapport au manque chez Freud, Lacan et Maître Eckhart. Psychologie. Université Toulouse le Mirail – Toulouse II, 2015. Français. ffNNT : 2015TOU20026ff. fftel01304451f

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Parmi les nombreux livres consacrés à l’histoire de Kaspar Hauser, en voici une courte liste (références empruntées à l’essai de H. Mazurel, qui m’a inspiré ces articles):

- Kaspar Hauser. Histoire d’un individu séquestré dans un donjon et privé de toute communication avec le monde depuis sa tendre enfance jusqu’à l’âge de dix-sept ans, de Anselm von Feuerbach, texte intégral de 1832, traduit dans Joseph Singh et Robert Mowry Zingg, L’homme en friche, de l’enfant-loup à Kaspar Hauser, 1980, Bruxelles, Éditions Complexe.
Cet essai est dû au juriste et criminaliste allemand Paul Johann Anselm (Chevalier) von Feuerbach (1775-1833), qui se passionna pour l’histoire de Kaspar Hauser (et qui, peut-on lire, fut assassiné de ce fait …)
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- Kaspar Hauser. Écrits de et sur Kaspar Hauser, recueil de documents et témoignages, réalisé par Jean Torrent et Luc Meichler (2013, Éditions Christian Bourgois, Paris).
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- Kaspar Hauser, le séquestré au cœur pur, de Françoise Dolto (2002, Éditeur Mercure de France, Paris).
- etc. etc. (une bibliographie très fournie – que l’auteur qualifie pourtant de « sélective » – figure dans l’ouvrage cité d’Hervé Mazurel, p. 239 à 256).
Et ce document internet: https://laviedesidees.fr/Herve-Mazurel-Kaspar-obscur-enfant-nuit
Pages : 12