Les Passeurs

“La littérature est une vigie qui nourrit mon intranquillité” Christiane Taubira

De vert forêt, de bois et de carmin : notre beau «Théâtre du Peuple» (2)

Vue générale Théâtre du Peuple

Le vaisseau de bois imaginé par Maurice POTTECHER a un nom : Théâtre du Peuple!

Vocation d’un théâtre populaire

« J’entends par théâtre populaire celui où les divers éléments, dont l’ensemble constitue un peuple, peuvent prendre place et s’intéresser également à l’œuvre représentée » Maurice POTTECHER (site du Théâtre http://www.theatredupeuple.com/ )

Théâtre en bois, comme la ressource n°1 des Vosges, inspiration architecturale vosgienne (les chalets, les granges … mais pas que, voir VAUTRIN Eric, auteur cité). Et la devise « Par l’art, pour l’humanité » qui est dans la droite ligne de l’idéal fédérateur de Maurice POTTECHER.

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Voici ce qu’écrivait le comédien et metteur en scène Pierre RICHARD-WILLM, lequel  succéda à Maurice POTTECHER à la direction du Théâtre (de 1936 jusque dans les années 50) :

« Ce nom, ce titre, si loué par les uns (de TOLSTOÏ, une lettre, respectueusement gardée – et regardée, au Foyer du Théâtre – dit son enthousiasme et ses encouragements), si mal compris par d’autres, ne dit que ce qu’il est : Théâtre pour Tous. Et ce ne fut pas une utopie! Les poètes voient souvent plus juste qu’on ne pense. Depuis le jour de sa création, trois quarts de siècle jusqu’à hier encore, ce théâtre n’a regroupé que des bonnes volontés, désintéressées, anonymes, et recrutés dans toutes les classes sociales, avec un naturel et une cordialité qui me surprennent et m’émeuvent encore, après tant d’années. De même pour ce public, si fidèle, si varié, ouvriers, cultivateurs, citadins et lettrés qui, dans la même joie, se côtoient et se sourient aux entractes, sous les ombrages du grand parc ».

Des pièces adossées à la culture populaire rurale

Maurice POTTECHER écrit sa première pièce, Le Diable marchand de goutte, en 1895. Elle est montée et représentée, une seule fois cette année-là, le 1er septembre, avec l’aide de la comédienne Camille de SAINT-MAURICE, épouse de l’auteur. Les rôles principaux sont tenus par les membres de la famille POTTECHER, les seconds rôles et la figuration sont confiés aux habitants de Bussang et aux ouvriers des usines environnantes! Cette ambition de confier des rôles à des comédiens amateurs est donc affirmée dès le début par Maurice POTTECHER.

« L’œuvre de Maurice Pottecher fut déjà pour nos grands aînés, un exemple, un pur exemple de Théâtre Populaire. Il le reste pour nous. Bussang est une entreprise émouvante. Une leçon, au meilleur sens du terme ». Jean VILAR, 1958 (site du Théâtre).

Cette unique représentation du Diable marchand de goutte en 1895 attira plus de 2000 spectateurs!

carte postale Pottecher
Carte postale ancienne

Une autre pièce de Maurice POTTECHER, représentée à partir de 1897:

Le sotré de Noël
Le Sotré de Noël, carte postale ancienne

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Le Sotré de Noël, « farce rustique en trois actes » mêlée de chants et rondes populaires, a été écrit par Maurice POTTECHER et Alfred BOURGEOIS. Cette pièce a été régulièrement jouée à Bussang, reprise en 1967, 1980 … (Le « sotré » est un petit lutin des légendes vosgiennes …)

Le Théâtre du Peuple est classé aux Monuments historiques en 1975. Et en 2005, il est racheté par l’État. Il s’est donné comme mission :

« La création et la présentation de spectacles vivants, réalisés par des metteurs en scène professionnels, la formation des comédiens amateurs, et le développement des pratiques amateurs régionales ». (site du Théâtre)

La « Charte du Théâtre du Peuple » est téléchargeable sur le site.

Le Théâtre du Peuple a maintenant 122 ans, et il ne les fait pas, la création théâtrale est vivante !

 Au fil des années, des images des spectacles 

Affiche de 1926 :

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Peer Gynt (Texte traduit par François REGNAULT, adaptation et mise en scène de Philippe BERLING, costumes de Nathalie PRATS http://nathalieprats.com/?section=peer-gynt-a-bussang, 1996) :

Eric Ruf et martine Bertrand dans Peer Gynt 1996
1996, Eric RUF et Martine BERTRAND dans Peer Gynt, de Henrik Ibsen, mise en scène de Philippe Berling

Peau d’Âne (Texte et mise en scène d’Olivier TCHANG TCHONG, librement inspiré du conte de Charles PERRAULT, 2010) :

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Un d’eux nommé Jean (Création en 2015, adaptation libre de textes de Maurice POTTECHER et de lettres de son fils Jean, mort en 1918 à la fin de la Grande Guerre)

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Le Songe d’une nuit d’été (de W. SHAKESPEARE et G.P. COULEAU, 2016)

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♥ Le Théâtre du Peuple propose actuellement, dès l’automne, des stages de théâtre, et en  fin d’automne-début d’hiver, des pièces « moufles et bonnets » (voir sur le site les « Hivernales »)

 La grande saison du Théâtre du Peuple reste l’été :  en juillet et août sont présentés, en programmation hebdomadaire, deux spectacles « principaux » (l’un à 15h, l’autre à 20h30), des pièces plus courtes (spectacles invités), ainsi que les présentations publiques des stages de théâtre, chant, danse, des lectures publiques …

Ne pas négliger la restauration, le bar, le Foyer (histoire du Théâtre), la librairie … Ne pas oublier pulls (selon le temps!) et surtout coussins pour les représentations …

En conclusion

J’ai commencé cette chronique du Théâtre du Peuple (page 1) par un écrit personnel. Je la termine en citant Marie, une spectatrice lambda, qui comme moi, aime ce Théâtre … Marie a envoyé le 13 août 2017 ce mail, un « merci » simple et fort, qui a été affiché :

« Petite, j’ai vu, à Bussang, des chevaux arriver sur la scène et repartir dans la forêt, j’ai vu des batailles de soldats sous la pluie, autour de l’arbre du fond de scène. Aujourd’hui, c’est nous qui avons amené nos parents, âgés de 80 ans … Nous avons pique-niqué, ri (beaucoup !) Que chacun soit remercié, les acteurs, les gens du bar, M. GOETHALS, les techniciens, les placeurs au parking … Tous, vous nous avez permis ce partage en famille, cette journée précieuse, parce qu’avec le temps et l’âge, elles se feront peut-être très rares. Merci du fond du cœur. Marie VALENTIN »

Merci Marie !

Conclusion « in vivo », ambiance avant la représentation de « La Dame de chez Maxim, ou presque … » (20 août 2017) … Pardon pour la mauvaise qualité de cette captation (très) amateur :

BIBLIOGRAPHIE:

ROLLAND, R., Le Théâtre du Peuple, 1903, réédition par Complexe, 2003,  réédition par La Source des Mots, 2016.

Romain Rolland

POTTECHER, F., DECOMBIS, V., Un siècle de passions au Théâtre du Peuple de Bussang (Vosges), Éditions Gérard Louis, Haroué, Meurthe-et-Moselle, 1995.

F.Pottecher

VAUTRIN, E., « Hôtes et brigands au Théâtre du Peuple de Bussang, in « Du théâtre amateur, approche historique et anthropologique », C.N.R.S. Éditions, Paris, 2004.

France Inter, émission « La marche de l’Histoire », Invité : Jean-Marc LEVERATTO, Professeur de sociologie de la culture à l’Université de Lorraine, 28/08/2014.

BOISSON, Bénédicte et DENIZOT, Marion, Le Théâtre du Peuple de Bussang, Cent vingt ans d’histoire, Paris, Actes Sud, 2015.

Bussang

Et bien sûr, des ouvrages de Maurice POTTECHER, et de nombreux commentateurs de cette œuvre unique (site de France Inter, date et émission citées)

Le site du Théâtre du Peuple : http://www.theatredupeuple.com/

Mon petit mémo sur la saison estivale 2012 à Bussang : Théâtre du Peuple 2012 avec des résumés et des photos de deux pièces : « Caillasses, une épopée contemporaine« , de Laurent GAUDÉ et Vincent GOETHALS, et « Les Encombrants font leur cirque« , écriture, mise en scène et scénographie de Claire DANCOISNE (Amples informations sur le site du Théâtre du Peuple, onglet « Saisons précédentes »)

Mes articles sur ce blog des « Passeurs », relatant Les Estivales de Bussang 2016 et 2017, catégorie « Théâtre », ou onglet « Rencontres théâtrales ».

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Citations et hommages : Le site du Théâtre du Peuple, très complet et agréable à visiter, les programmes complets des spectacles, les journaux locaux : Vosges Matin, L’Alsace, L’Est Républicain. Merci à tous ces supports pour leurs articles et iconographie.

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ANNEXES

Voyons aussi, plus récemment (2016) un texte de recherche universitaire « Retour sur l’histoire du théâtre populaire : une « démocratisation culturelle » pensée à l’aune de la nation » ; texte publié par Marion DENIZOT (Université de Rennes 2). Mme DENIZOT analyse le projet « Théâtre du Peuple » et écrit sur Maurice POTTECHER

(Pour leur mise en valeur, j’ai mis des italiques à certaine parties du texte)

« Bien que davantage préoccupé par la constitution d’un répertoire proche des traditions vosgiennes, Maurice Pottecher défend lui aussi une conception républicaine de la nation. Ainsi, pour les célébrations du centenaire de la République, en 1892, il monte (…) Le Médecin malgré lui, dont il transpose le texte des paysans en dialecte. Le succès de la pièce l’encourage à créer le Théâtre du Peuple trois ans plus tard ; ce geste témoigne déjà d’une conception de la nation qui inclut et unit l’ensemble du territoire, y compris les provinces qui affichent fièrement leur particularisme linguistique. Avec Liberté (1898), dont l’action se situe pendant la Révolution, dans un village vosgien, alors que « la patrie est en danger », Pottecher rend hommage à la ferveur patriote et aux valeurs de liberté et d’égalité. Cette pièce sera d’ailleurs jouée pour la réouverture du théâtre en 1946. En 1904, Pottecher poursuit le « récit national », en montant une Passion de Jeanne d’Arc, vibrant témoignage de l’amour du peuple pour sa patrie : l’auteur, qui s’est éloigné de la foi catholique, justifie l’action de Jeanne d’Arc pour sauver la France de l’ennemi anglais par l’appel du peuple et non par celui de Dieu (…) La naissance du théâtre populaire est concomitante d’une conception intégratrice de la nation, définie au XVIIIe siècle par la dimension spirituelle attribuée à la souveraineté nationale (…) La célèbre définition du théâtre populaire de Jean Vilar – « réunir, dans les travées de la communion dramatique, le petit boutiquier de Suresnes et le haut magistrat, l’ouvrier de Puteaux et l’agent de change, le facteur des pauvres et le professeur agrégé » – reprend cette mystique de l’unité qui domine la Révolution française. Elle s’inspire, en actualisant le lexique, de celle de Maurice Pottecher : « L’assemblée sera d’autant plus complète qu’elle réunira sur les mêmes gradins le premier des philosophes de la nation et le dernier des portefaix de la halle, le financier le plus opulent et le plus dénué des traîne-misère, séparés l’un de l’autre – ou plutôt réunis l’un à l’autre – par la série intermédiaire des êtres qui rattachent l’extrême richesse matérielle ou intellectuelle à l’extrême pauvreté ».

En créant en 1895 le Théâtre du Peuple, à Bussang, petit village des Vosges, à la frontière de l’Allemagne, Maurice Pottecher souhaite renouveler la forme théâtrale, après des expériences parisiennes qu’il juge décevantes. (…) De retour dans son pays natal, il pose les principes de ce nouveau théâtre : un théâtre qui s’adresse à tous les éléments d’une société ; un théâtre utile à l’éducation morale, civique et artistique du peuple, « par l’art, pour l’humanité », selon la devise inscrite au fronton du théâtre. En tant qu’auteur et metteur en scène, Maurice Pottecher met directement en pratique sa conception théorique d’un théâtre populaire. Il définit tout d’abord un répertoire écrit pour le public local, dans sa langue actuelle. Les sujets sont prioritairement issus des traditions légendaires, des mythes du pays, de l’étude des mœurs vosgiennes, de ce que l’on pourrait nommer le « folklore local ». Le Diable marchand de goutte (1895) ou Le Sotré de Noël (1897) s’inspirent ainsi de légendes vosgiennes. »

Voyons aussi, plus récemment (2016) un texte de recherche universitaire « Retour sur l’histoire du théâtre populaire : une « démocratisation culturelle » pensée à l’aune de la nation » ; texte publié par Marion DENIZOT (Université de Rennes 2). Mme DENIZOT analyse le projet « Théâtre du Peuple » et écrit sur Maurice POTTECHER

(Pour leur mise en valeur, j’ai mis des italiques à certaine parties du texte)

« Bien que davantage préoccupé par la constitution d’un répertoire proche des traditions vosgiennes, Maurice Pottecher défend lui aussi une conception républicaine de la nation. Ainsi, pour les célébrations du centenaire de la République, en 1892, il monte (…) Le Médecin malgré lui, dont il transpose le texte des paysans en dialecte. Le succès de la pièce l’encourage à créer le Théâtre du Peuple trois ans plus tard ; ce geste témoigne déjà d’une conception de la nation qui inclut et unit l’ensemble du territoire, y compris les provinces qui affichent fièrement leur particularisme linguistique. Avec Liberté (1898), dont l’action se situe pendant la Révolution, dans un village vosgien, alors que « la patrie est en danger », Pottecher rend hommage à la ferveur patriote et aux valeurs de liberté et d’égalité. Cette pièce sera d’ailleurs jouée pour la réouverture du théâtre en 1946. En 1904, Pottecher poursuit le « récit national », en montant une Passion de Jeanne d’Arc, vibrant témoignage de l’amour du peuple pour sa patrie : l’auteur, qui s’est éloigné de la foi catholique, justifie l’action de Jeanne d’Arc pour sauver la France de l’ennemi anglais par l’appel du peuple et non par celui de Dieu (…) La naissance du théâtre populaire est concomitante d’une conception intégratrice de la nation, définie au XVIIIe siècle par la dimension spirituelle attribuée à la souveraineté nationale (…) La célèbre définition du théâtre populaire de Jean Vilar – « réunir, dans les travées de la communion dramatique, le petit boutiquier de Suresnes et le haut magistrat, l’ouvrier de Puteaux et l’agent de change, le facteur des pauvres et le professeur agrégé » – reprend cette mystique de l’unité qui domine la Révolution française. Elle s’inspire, en actualisant le lexique, de celle de Maurice Pottecher : « L’assemblée sera d’autant plus complète qu’elle réunira sur les mêmes gradins le premier des philosophes de la nation et le dernier des portefaix de la halle, le financier le plus opulent et le plus dénué des traîne-misère, séparés l’un de l’autre – ou plutôt réunis l’un à l’autre – par la série intermédiaire des êtres qui rattachent l’extrême richesse matérielle ou intellectuelle à l’extrême pauvreté ».

En créant en 1895 le Théâtre du Peuple, à Bussang, petit village des Vosges, à la frontière de l’Allemagne, Maurice Pottecher souhaite renouveler la forme théâtrale, après des expériences parisiennes qu’il juge décevantes. (…) De retour dans son pays natal, il pose les principes de ce nouveau théâtre : un théâtre qui s’adresse à tous les éléments d’une société ; un théâtre utile à l’éducation morale, civique et artistique du peuple, « par l’art, pour l’humanité », selon la devise inscrite au fronton du théâtre. En tant qu’auteur et metteur en scène, Maurice Pottecher met directement en pratique sa conception théorique d’un théâtre populaire. Il définit tout d’abord un répertoire écrit pour le public local, dans sa langue actuelle. Les sujets sont prioritairement issus des traditions légendaires, des mythes du pays, de l’étude des mœurs vosgiennes, de ce que l’on pourrait nommer le « folklore local ». Le Diable marchand de goutte (1895) ou Le Sotré de Noël (1897) s’inspirent ainsi de légendes vosgiennes. »

« Rappel historique » :

Imaginé par Maurice Pottecher et construit en 1895 (au départ une seule scène couverte), le Théâtre du Peuple de Bussang a ceci de particulier qu’il véhicule depuis l’origine une utopie humaniste et poétique inscrite en écorce d’arbre, comme un mémento perpétuel, de part et d’autre du manteau d’Arlequin : « Par l’Art, pour l’Humanité ». Les autres particularités qui ont fait sa renommée mondiale sont son fond de scène s’ouvrant de façon spectaculaire sur la forêt et sa conception en bois en manière de coque de vaisseau renversée. Celui-ci perpétue également une tradition voulue par le créateur des lieux consistant à monter chaque été des pièces où jouent ensemble acteurs professionnels et amateurs. (in : http://www.larevueduspectacle.fr/Quand-Vincent-Goethals-convie-Feydeau-et-Offenbach-a-la-meme-table-chez-Maxim-_a1893.html )

Voyons aussi, plus récemment (2016) un texte de recherche universitaire « Retour sur l’histoire du théâtre populaire : une « démocratisation culturelle » pensée à l’aune de la nation » ; texte publié par Marion DENIZOT (Université de Rennes 2). Mme DENIZOT analyse le projet « Théâtre du Peuple » et écrit sur Maurice POTTECHER

(Pour leur mise en valeur, j’ai mis des italiques à certaine parties du texte)

« Bien que davantage préoccupé par la constitution d’un répertoire proche des traditions vosgiennes, Maurice Pottecher défend lui aussi une conception républicaine de la nation. Ainsi, pour les célébrations du centenaire de la République, en 1892, il monte (…) Le Médecin malgré lui, dont il transpose le texte des paysans en dialecte. Le succès de la pièce l’encourage à créer le Théâtre du Peuple trois ans plus tard ; ce geste témoigne déjà d’une conception de la nation qui inclut et unit l’ensemble du territoire, y compris les provinces qui affichent fièrement leur particularisme linguistique. Avec Liberté (1898), dont l’action se situe pendant la Révolution, dans un village vosgien, alors que « la patrie est en danger », Pottecher rend hommage à la ferveur patriote et aux valeurs de liberté et d’égalité. Cette pièce sera d’ailleurs jouée pour la réouverture du théâtre en 1946. En 1904, Pottecher poursuit le « récit national », en montant une Passion de Jeanne d’Arc, vibrant témoignage de l’amour du peuple pour sa patrie : l’auteur, qui s’est éloigné de la foi catholique, justifie l’action de Jeanne d’Arc pour sauver la France de l’ennemi anglais par l’appel du peuple et non par celui de Dieu (…) La naissance du théâtre populaire est concomitante d’une conception intégratrice de la nation, définie au XVIIIe siècle par la dimension spirituelle attribuée à la souveraineté nationale (…) La célèbre définition du théâtre populaire de Jean Vilar – « réunir, dans les travées de la communion dramatique, le petit boutiquier de Suresnes et le haut magistrat, l’ouvrier de Puteaux et l’agent de change, le facteur des pauvres et le professeur agrégé » – reprend cette mystique de l’unité qui domine la Révolution française. Elle s’inspire, en actualisant le lexique, de celle de Maurice Pottecher : « L’assemblée sera d’autant plus complète qu’elle réunira sur les mêmes gradins le premier des philosophes de la nation et le dernier des portefaix de la halle, le financier le plus opulent et le plus dénué des traîne-misère, séparés l’un de l’autre – ou plutôt réunis l’un à l’autre – par la série intermédiaire des êtres qui rattachent l’extrême richesse matérielle ou intellectuelle à l’extrême pauvreté ».

En créant en 1895 le Théâtre du Peuple, à Bussang, petit village des Vosges, à la frontière de l’Allemagne, Maurice Pottecher souhaite renouveler la forme théâtrale, après des expériences parisiennes qu’il juge décevantes. (…) De retour dans son pays natal, il pose les principes de ce nouveau théâtre : un théâtre qui s’adresse à tous les éléments d’une société ; un théâtre utile à l’éducation morale, civique et artistique du peuple, « par l’art, pour l’humanité », selon la devise inscrite au fronton du théâtre. En tant qu’auteur et metteur en scène, Maurice Pottecher met directement en pratique sa conception théorique d’un théâtre populaire. Il définit tout d’abord un répertoire écrit pour le public local, dans sa langue actuelle. Les sujets sont prioritairement issus des traditions légendaires, des mythes du pays, de l’étude des mœurs vosgiennes, de ce que l’on pourrait nommer le « folklore local ». Le Diable marchand de goutte (1895) ou Le Sotré de Noël (1897) s’inspirent ainsi de légendes vosgiennes. »

Voyons aussi, plus récemment (2016) un texte de recherche universitaire « Retour sur l’histoire du théâtre populaire : une « démocratisation culturelle » pensée à l’aune de la nation » ; texte publié par Marion DENIZOT (Université de Rennes 2). Mme DENIZOT analyse le projet « Théâtre du Peuple » et écrit sur Maurice POTTECHER

(Pour leur mise en valeur, j’ai mis des italiques à certaine parties du texte)

« Bien que davantage préoccupé par la constitution d’un répertoire proche des traditions vosgiennes, Maurice Pottecher défend lui aussi une conception républicaine de la nation. Ainsi, pour les célébrations du centenaire de la République, en 1892, il monte (…) Le Médecin malgré lui, dont il transpose le texte des paysans en dialecte. Le succès de la pièce l’encourage à créer le Théâtre du Peuple trois ans plus tard ; ce geste témoigne déjà d’une conception de la nation qui inclut et unit l’ensemble du territoire, y compris les provinces qui affichent fièrement leur particularisme linguistique. Avec Liberté (1898), dont l’action se situe pendant la Révolution, dans un village vosgien, alors que « la patrie est en danger », Pottecher rend hommage à la ferveur patriote et aux valeurs de liberté et d’égalité. Cette pièce sera d’ailleurs jouée pour la réouverture du théâtre en 1946. En 1904, Pottecher poursuit le « récit national », en montant une Passion de Jeanne d’Arc, vibrant témoignage de l’amour du peuple pour sa patrie : l’auteur, qui s’est éloigné de la foi catholique, justifie l’action de Jeanne d’Arc pour sauver la France de l’ennemi anglais par l’appel du peuple et non par celui de Dieu (…) La naissance du théâtre populaire est concomitante d’une conception intégratrice de la nation, définie au XVIIIe siècle par la dimension spirituelle attribuée à la souveraineté nationale (…) La célèbre définition du théâtre populaire de Jean Vilar – « réunir, dans les travées de la communion dramatique, le petit boutiquier de Suresnes et le haut magistrat, l’ouvrier de Puteaux et l’agent de change, le facteur des pauvres et le professeur agrégé » – reprend cette mystique de l’unité qui domine la Révolution française. Elle s’inspire, en actualisant le lexique, de celle de Maurice Pottecher : « L’assemblée sera d’autant plus complète qu’elle réunira sur les mêmes gradins le premier des philosophes de la nation et le dernier des portefaix de la halle, le financier le plus opulent et le plus dénué des traîne-misère, séparés l’un de l’autre – ou plutôt réunis l’un à l’autre – par la série intermédiaire des êtres qui rattachent l’extrême richesse matérielle ou intellectuelle à l’extrême pauvreté ».

En créant en 1895 le Théâtre du Peuple, à Bussang, petit village des Vosges, à la frontière de l’Allemagne, Maurice Pottecher souhaite renouveler la forme théâtrale, après des expériences parisiennes qu’il juge décevantes. (…) De retour dans son pays natal, il pose les principes de ce nouveau théâtre : un théâtre qui s’adresse à tous les éléments d’une société ; un théâtre utile à l’éducation morale, civique et artistique du peuple, « par l’art, pour l’humanité », selon la devise inscrite au fronton du théâtre. En tant qu’auteur et metteur en scène, Maurice Pottecher met directement en pratique sa conception théorique d’un théâtre populaire. Il définit tout d’abord un répertoire écrit pour le public local, dans sa langue actuelle. Les sujets sont prioritairement issus des traditions légendaires, des mythes du pays, de l’étude des mœurs vosgiennes, de ce que l’on pourrait nommer le « folklore local ». Le Diable marchand de goutte (1895) ou Le Sotré de Noël (1897) s’inspirent ainsi de légendes vosgiennes. »

Voyons aussi, plus récemment (2016) un texte de recherche universitaire « Retour sur l’histoire du théâtre populaire : une « démocratisation culturelle » pensée à l’aune de la nation » ; texte publié par Marion DENIZOT (Université de Rennes 2). Mme DENIZOT analyse le projet « Théâtre du Peuple » et écrit sur Maurice POTTECHER

(Pour leur mise en valeur, j’ai mis des italiques à certaine parties du texte)

« Bien que davantage préoccupé par la constitution d’un répertoire proche des traditions vosgiennes, Maurice Pottecher défend lui aussi une conception républicaine de la nation. Ainsi, pour les célébrations du centenaire de la République, en 1892, il monte (…) Le Médecin malgré lui, dont il transpose le texte des paysans en dialecte. Le succès de la pièce l’encourage à créer le Théâtre du Peuple trois ans plus tard ; ce geste témoigne déjà d’une conception de la nation qui inclut et unit l’ensemble du territoire, y compris les provinces qui affichent fièrement leur particularisme linguistique. Avec Liberté (1898), dont l’action se situe pendant la Révolution, dans un village vosgien, alors que « la patrie est en danger », Pottecher rend hommage à la ferveur patriote et aux valeurs de liberté et d’égalité. Cette pièce sera d’ailleurs jouée pour la réouverture du théâtre en 1946. En 1904, Pottecher poursuit le « récit national », en montant une Passion de Jeanne d’Arc, vibrant témoignage de l’amour du peuple pour sa patrie : l’auteur, qui s’est éloigné de la foi catholique, justifie l’action de Jeanne d’Arc pour sauver la France de l’ennemi anglais par l’appel du peuple et non par celui de Dieu (…) La naissance du théâtre populaire est concomitante d’une conception intégratrice de la nation, définie au XVIIIe siècle par la dimension spirituelle attribuée à la souveraineté nationale (…) La célèbre définition du théâtre populaire de Jean Vilar – « réunir, dans les travées de la communion dramatique, le petit boutiquier de Suresnes et le haut magistrat, l’ouvrier de Puteaux et l’agent de change, le facteur des pauvres et le professeur agrégé » – reprend cette mystique de l’unité qui domine la Révolution française. Elle s’inspire, en actualisant le lexique, de celle de Maurice Pottecher : « L’assemblée sera d’autant plus complète qu’elle réunira sur les mêmes gradins le premier des philosophes de la nation et le dernier des portefaix de la halle, le financier le plus opulent et le plus dénué des traîne-misère, séparés l’un de l’autre – ou plutôt réunis l’un à l’autre – par la série intermédiaire des êtres qui rattachent l’extrême richesse matérielle ou intellectuelle à l’extrême pauvreté ».

En créant en 1895 le Théâtre du Peuple, à Bussang, petit village des Vosges, à la frontière de l’Allemagne, Maurice Pottecher souhaite renouveler la forme théâtrale, après des expériences parisiennes qu’il juge décevantes. (…) De retour dans son pays natal, il pose les principes de ce nouveau théâtre : un théâtre qui s’adresse à tous les éléments d’une société ; un théâtre utile à l’éducation morale, civique et artistique du peuple, « par l’art, pour l’humanité », selon la devise inscrite au fronton du théâtre. En tant qu’auteur et metteur en scène, Maurice Pottecher met directement en pratique sa conception théorique d’un théâtre populaire. Il définit tout d’abord un répertoire écrit pour le public local, dans sa langue actuelle. Les sujets sont prioritairement issus des traditions légendaires, des mythes du pays, de l’étude des mœurs vosgiennes, de ce que l’on pourrait nommer le « folklore local ». Le Diable marchand de goutte (1895) ou Le Sotré de Noël (1897) s’inspirent ainsi de légendes vosgiennes. »

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