Cette série d’articles est ma façon de raconter une histoire de cette épidémie. On est loin d’une synthèse qui se voudrait objective, encore moins scientifique. C’est une fiction, un point de vue subjectif sur ces événements qui, sur chacun(e) d’entre nous, ont laissé leur marque. Vous y reconnaîtrez en clair des faits réels, connus de tous, et en filigrane mes questions, doutes, et parfois mes colères.

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L’autre matin, j’ai entendu à la radio que nombre d’éditeurs français avaient reçu en 2020 des centaines de manuscrits plus au moins autobiographiques, écrits nés lors des confinements de population. D’après ce reportage, peu de ces manuscrits seront publiés, mais nous pouvons sûrement en lire des extraits sur les réseaux sociaux, les blogs… Beaucoup racontent la vie quotidienne de ces temps, pour beaucoup extraordinaires, inédits, du confinement.

Peut-être quelques-uns raconteront-ils leur expérience de la covid19 : comment ils ont surmonté cette nouvelle maladie, chez eux, ou lors d’une hospitalisation ; ou la façon dont ils sont remontés après un séjour en réanimation. Il y a quelques mois, je découvrais sur Internet, le récit de CharlElie Couture (1), relatant son expérience de la terrible affection (drôle d’homonyme de l’affection / amitié, tendresse, attachement, que celui qui nous lie à un virus…)

(1) CharlElie Couture est un chanteur, compositeur, peintre, écrivain, graphiste et photographe …

Le 22 mars 2020, il chantait et jouait en duo avec sa fille Yamée, dans le cadre des Chroniques de quarantaine de son autre fille, Shaan, réalisatrice. Voici des extraits du témoignage de CharlElie :

Je viens d’apprendre le décès de Manu Dibango, que je connaissais depuis bien longtemps, un colosse, un pilier de la musique. Lui, le saxophoniste partir en manque de souffle, me rend triste.

Le 24 mars, tout bascule :

Peu d’appétit, le nez bouché façon rhume des foins, courbatures, agueusie (2), mal partout, la nuque raide (…) Je veux croire qu’il en faut plus pour me dégommer.

(2) agueusie : terme médical qui désigne la perte du goût.

Le mercredi 1er avril 2020, des nouvelles :

4h30 du matin, j’ai peut-être enfin passé le cap.

1er Avril, c’est pas une blague, la preuve : je me lève. Seul dans le silence de la maison endormie, je me sens fichtrement mieux que la veille.

Petit retour sur huit jours/nuits terribles… À peine après avoir mis en ligne le dernier post, alors comme une pierre dans l’eau, j’ai commencé à sombrer. Des jours sans fin, au fond du trou. Incapable de rien. Même plus rester assis. Même plus me lever. Des jours au trente-sixième dessous. La bouche sèche, le goût de l’eau en plomb. Je n’ai plus faim, plus envie de rien. Même plus envie de parler. J’ahane, je m’essouffle. Kaput. HS. Comme un droïde cassé, un jouet sans pile, un pantin dans l’ombre d’un grenier. Mal à l’aise comme un carton froissé. Enfiévré du matin au soir et plus encore pendant la nuit. Les deux thermomètres électroniques oscillent entre 38,4° et 39,8°. Maux de tête, spasmes et tremblotements, le corps en vrac et la nuque qui craque, un clou entre les omoplates, les couilles molles, nauséeux, le teint blafard, quand je tente une sortie de la chambre, j’erre comme un zombie. Je ne sais plus où j’en suis.

« Quand par moments, même, on perd jusqu’à l’estime de soi… »

Complétement stoned. Défoncé de fatigue. K.O. intégral. Passer son temps à plat, tellement à plat. Limande, raie ou plie, je suis dans le lit confondu aux draps. Comment retrouver la force de remonter sur le ring, comment reprendre le dessus ?
Cela fait des années que je n’ai pas vécu une épreuve si difficile. Replié sur moi-même, j’ai perdu mes repères. J’ai honte d’être si mal. J’évite de me montrer aux miens. Je ne suis pas visible. Dire que je me croyais assez solide, assez en forme pour lui rire au nez. Ce virus est sournois. (…)

En dehors des statistiques, en dehors des chiffres et des informations officielles, en dehors de ce blog, en dehors des messages d’amitié, ma situation n’a pas d’intérêt. Peu de gens sont au courant de mon état et l’on me demande de participer à des actions de distraction, alors que je suis bien incapable de bouger.

C’est peut-être une chance d’être en communication avec le monde grâce à Internet (…) Une bouillie d’images, un hachis de vidéos, j’ai la tête farcie de n’importe quoi, à croire que la bêtise humaine est le lien, le tronc commun entre toutes ces images aléatoires que me proposent les logiciels des serveurs on line.

Et quand la lumière baissait, j’appréhendais la nuit. La nuit qui serait forcément longue, très longue. Comme aujourd’hui, oui, et pourtant aujourd’hui, c’est différent, car je peux me lever pour affronter ma réalité, celle que j’écris ici, maintenant sur cet écran. Ça se remet en fonctionnement. (…)

Nous sommes dans les normes, tout va bien, a dit le médecin, resté zen. Il vous faut juste faire preuve de patience.
En fait de patience, j’ai peut-être un peu trop attendu avant de profiter de son Savoir et de sa Connaissance. On disait que ça allait passer tout seul… Je voulais le croire. Pourtant l’idée de boire de l’eau citronnée chaude en prenant des douches brûlantes, c’est bien gentil, mais à un moment ça n’a plus vraiment suffi (…) Le médecin m’a envoyé une prescription d’antibiotiques pour protéger les poumons et voilà le résultat : je retrouve aujourd’hui mon clavier pour écrire ces quelques lignes.

T’es cap ou t’es pas cap,
Normalement, ça devrait être bon. Si je ne me fais pas fouetter par un retour de queue de ce virus du Diable, j’ai peut-être franchi le cap.

Vive la vie !
À bientôt les amis.

CharlElie