Je viens d’entendre que Grégoire Delacourt, « écrivain et publicitaire » (nommé ainsi sur le site Babelio), a écrit un livre intitulé Un jour viendra couleur d’orange (2020, Grasset Éditeur).

Très beau titre, manifestement emprunté au poème de Louis Aragon, Un jour, un jour. Ce poème, qui figure dans le recueil Le Fou d’Elsa *, est un hommage à Federico Garcia Lorca, poète espagnol assassiné en 1936 par les franquistes.

Tout ce que l’homme fut de grand et de sublime
Sa protestation ses chants et ses héros
Au dessus de ce corps et contre ses bourreaux
A Grenade aujourd’hui surgit devant le crime

Et cette bouche absente et Lorca qui s’est tu
Emplissant tout à coup l’univers de silence
Contre les violents tourne la violence
Dieu le fracas que fait un poète qu’on tue

Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Ah je désespérais de mes frères sauvages
Je voyais je voyais l’avenir à genoux
La Bête triomphante et la pierre sur nous
Et le feu des soldats porté sur nos rivages

Quoi toujours ce serait par atroce marché
Un partage incessant que se font de la terre
Ente eux ces assassins que craignent les panthères
Et dont tremble un poignard quand leur main l’a touché

Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Quoi toujours ce serait la guerre la querelle
Des manières des rois et des fronts prosternés
Et l’enfant de la femme inutilement né
Les blés déchiquetés toujours des sauterelles

Quoi les bagnes toujours et la chair sous la roue
Le massacre toujours justifié d’idoles
Aux cadavres jeté ce manteau de paroles
Le bâillon pour la bouche et pour la main le clou

Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche.

* Le Fou d’Elsa, 2002, Gallimard, Poésie, 1ère édition 1963.

Ce magnifique poème a aussi été mis en musique et interprété par Jean Ferrat en 1966:

Provenance du diaporama: You Tube, où de nombreux autres clips de cette chanson sont disponibles.

Pablo Picasso, Mère et enfant, Huile sur toile, 1965.