Così fan tutte, ossia La scuola degli amanti:

Ainsi font-elles toutes, ou l’École des amants.

La musique est de Mozart, et le livret en italien de Lorenzo Da Ponte. L’opéra a été créé en 1790 à Vienne.

Comme toujours chez Mozart, la musique est amour, et l’amour est musique. Clair-obscur et mystère des cœurs…

Acte I, scène 6:

Dans leur jardin, Fiordiligi et sa sœur Dorabella contemplent les portraits de leurs fiancés (« O guarda, sorella (O regarde, ma sœur) »). Elles demandent à l’Amour de les punir si jamais elles changeaient d’amants. Don Alfonso arrive, et leur annonce le départ des deux jeunes gens, le jour même pour le régiment! Suit une scène d’adieux déchirants, puis les jeunes hommes  prennent la mer (sur une marche militaire)…

Et c’est là que se situe le magnifique terzettino Soave sia il vento, instant suspendu, sérénité et douceur…

Soave sia il vento        Suave soit le vent
Tranquilla sia l’onda    Tranquille soit l’onde
Ed ogni elemento        Puissent tous les éléments
Benigno risponda        Favorablement répondre
Ai nostri desir              À nos désirs

La barque n’est plus qu’un petit point sur l’horizon; la brise s’est levée, caressante. Le clapotis des vagues berce le cœur meurtri, endort la douleur du départir. Alors, dans la quiétude du soir, un trio étonnant s’élève, andante, mi majeur, sur l’oscillation langoureuse des violons, et souhaite bon voyage aux fiancés: « Soave sia il vento… » (…) Le déchirement des adieux trouve, semble-t-il, son apaisement dans cette tendre et voluptueuse mélodie. Pourtant, sur le mot « désir », Mozart pose une dissonance qui s’étire avec langueur, avant de trouver sa conclusion harmonique.

Annie Paradis, 1999, Mozart, l’opéra réenchanté, Fayard Éditeur.

2006, Festival de Glyndebourne (Glyndebourne House, Sussex, Angleterre). Nicolas Rivenq chante Don Alfonso, Miah Persson est Fiordiligi, et Anke Vondung, Dorabella. Dans cet extrait, l’équilibre des voix est magnifique, et ces images du DVD (Glyndebourne Shop) témoignent du soin apporté à la réalisation. Seul « bémol »: cet extrait, trouvé sur la plateforme You Tube, est tronqué à la fin de l’aria, les dernières mesures étant absentes.

En voici une autre version, moderne et décalée, proposée par Peter Sellars.

1991, Così fan tutte Le Wiener Symphoniker est dirigé par Craig Smith. La mise en scène et les personnages sont étonnants (années 80…) L’image vidéo de l’extrait me semble vraiment moyenne. Mais écoutez! Les voix et l’interprétation sont magnifiques…

Terzettino Soave sia il vento:

Annexe:

Le livre d’Annie Paradis, Mozart l’opéra réenchanté, est cité dans cet article.

Voici la présentation de l’éditeur (Fayard):

Les opéras de Mozart racontent tous la même histoire, se posent tous la même question : comment devient-on adulte? Quel est le chemin à faire pour devenir un homme, une femme, et que faut-il abandonner pour cela? Tous les jeunes couples mozartiens parcourent le chemin coutumier de l’apprentissage, celui qui conduit de la jeunesse à la maturité. Il faut connaître la saison juvénile des amours folles, du printemps des cœurs, se tromper, avant de se choisir pour de bon, d’entrer dans l’âge de raison, du mariage. Mais la route est longue, semée d’embûches ; pour marcher droit, on a besoin de guides. Les « pères », gardiens de l’ordre social, guideront les pas des apprentis, imposant les épreuves, intervenant à propos. Mais l’amour fait fi de la loi et il a plus d’un tour dans son sac. Les jeunes filles surtout sont indisciplinées et futées. Les garçons, maladroits, toujours à la traîne, un peu niais, mais si attendrissants ! Clopin-clopant, tout ce petit monde arrive au bout du parcours.
Cependant quelqu’un regimbe, ne marche pas droit, c’est le bouffon, le fol joyeux et grave, celui qui muse sur le chemin, mais le jeu est sérieux et les pitreries ont un sens. Elles disent la norme en la déniant, elles permettent aux autres d’accomplir les passages nécessaires. Le fol, lui, reste sur le chemin, dans le royaume des oiseaux, dans son monde d’éternel printemps. Papageno… et Mozart, tel qu’il apparaît dans son étonnante correspondance. Mozart l’éternel amoureux, le rebelle, l’éternel apprenti de la vie. Comment comprendre alors la « dissonance » entre une œuvre pleinement accomplie et un homme dont tous les biographes s’accordent à reconnaître l’ingénuité?
Ce livre s’emploie à faire résonner et comprendre cette « dissonance ». Mais, au-delà, c’est Mozart lui-même qui est le héros de ce livre : l’homme gai et douloureux qui écrit des lettres, de la musique, dans la marge de la société de son temps. Un génie? Bien sûr. Mais un homme surtout, semblable à chacun d’entre nous, confronté aux énigmes de la vie, de l’amour, de la mort. L’opéra d’une vie.

Anthropologue, docteur de l’EHESS, Annie Paradis conduit ses recherches en collaboration avec le Centre d’anthropologie de Toulouse, notamment sur les rapports entre le rite et la musique dans l’opéra du XVIIIe siècle et, en parallèle, dans les fêtes traditionnelles de l’Europe du Sud.