Victor Hugo : Les Tuileries (Le titre originel était « Chanson des deux barbares »)

À Pâques fleuries
Dans les Tuileries
Je me promenais
À l’heure où les faunes
Aux naïades jaunes
Disent des sonnets

(Strophe faisant partie de la première version du poème)

Mis en musique et chanté par Colette MAGNY (Album MELOCOTON, 1965) le poème « Les Tuileries » a été publié dans sa version définitive en 1850. Il fait partie des « Pièces non retenues » des « Chansons des rues et des bois ». 

Nous sommes deux drôles,
Aux larges épaules,
De joyeux bandits,
Sachant rire et battre,
Mangeant comme quatre,
Buvant comme dix.

Quand, vidant les litres,
Nous cognons aux vitres
De l’estaminet,
Le bourgeois difforme
Tremble en uniforme
Sous son gros bonnet.

Nous vivons. En somme,
On est honnête homme,
On n’est pas mouchard.
On va le dimanche
Avec Lise ou Blanche
Dîner chez Richard.

On les mène à Pâques,
Barrière Saint-Jacques,
Souper au Chat Vert,
On dévore, on aime,
On boit, on a même
Un plat de dessert!

Nous vivons sans gîte,
Goulûment et vite,
Comme le moineau,
Haussant nos caprices
Jusqu’aux cantatrices
De chez Bobino.

La vie est diverse.
Nous bravons l’averse
Qui mouille nos peaux;
Toujours en ribotes
Ayant peu de bottes
Et point de chapeaux.

Nous avons l’ivresse,
L’amour, la jeunesse,
L’éclair dans les yeux,
Des poings effroyables;
Nous sommes des diables,
Nous sommes des dieux!

Nos deux seigneuries
Vont aux Tuileries
Flâner volontiers,
Et dire des choses
Aux servantes roses
Sous les marronniers.

Sous les ombres vertes
Des rampes désertes
Nous errons le soir,
L’eau fuit, les toits fument,
Les lustres s’allument,
Dans le château noir.

Notre âme recueille
Ce que dit la feuille
À la fin du jour,
L’air que chante un gnome.
Et, place Vendôme,
Le bruit du tambour.

Les blanches statues
Assez peu vêtues,
Découvrent leur sein,
Et nous font des signes
Dont rêvent les cygnes
Sur le grand bassin.

Ô Rome! ô la Ville!
Annibal, tranquille,
Sur nous, écoliers,
Fixant ses yeux vagues,
Nous montre les bagues
De ses chevaliers!

La terrasse est brune.
Pendant que la lune
L’emplit de clarté,
D’ombres et de mensonges,
Nous faisons des songes
Pour la liberté.

1850 (Version finale)

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Victor HUGO, dessin de Lafosse, 1848

 

Trois strophes de la première version (1847):

À Pâques fleuries
Dans les Tuileries
Je me promenais
À l’heure où les faunes
Aux naïades jaunes
Disent des sonnets

Dans l’allée obscure
Où l’ombre à Mercure
Met un domino, parmi l’herbe éparse,
Je vis d’un air farce
Venir un moineau.

Ce gamin des arbres
Sautait sur les marbres
Et riait beaucoup
De ce que Philippe
Avait pris la grippe
La veille à Saint-Cloud.

http://www.sculfort.fr/articles/litterature/poemes/hugotuileries.html
Le théâtre du Luxembourg

Il est question dans le poème de HUGO du théâtre de Bobino. Le théâtre du Luxembourg (ou théâtre de Bobino, dit encore « Bobinche »), fondé en 1816, présentait au début des spectacles forains, et par la suite des drames, des vaudevilles, des revues …

Ci-dessous, une photo de Charles MARVILLE (« Vues du Vieux Paris ») cité dans un article très documenté: http://vergue.com/post/677/Theatre-du-Luxembourg 

Le théâtre de Bobino sera démoli en 1868 :

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Théâtre du Luxembourg, dit Bobino, Paris VIème, Janvier 1868